24 fois la vérité – Raphaël Meltz

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Les premières phrases

«  – Mais n’oubliez pas que ça fait longtemps maintenant que nous sommes au XXIe siècle.

J’écris « n’oubliez pas » mais il me parlait en anglais, et je ne sais pas en réalité s’il me disait « tu » par familiarité ou s’il me disait « vous » en gardant cette froideur professionnelle des rencontres de congrès. Je ne sais pas, mais lui non plus : un anglophone ne se demande pas s’il tutoie ou s’il vouvoie, il s’adresse à tout le monde avec le même « you », un peu comme nous les francophones on ne pense pas qu’en langue maya il y a  des verbes différents pour dire toucher avec un doigt, toucher avec deux doigts, toucher avec trois doigts, toucher avec toute la main. Nous, on dit simplement toucher et on s’en contente. On se contente de tant de choses, en réalité. « 

Circonstances de lecture

Parce que cette couverture m’a tout de suite séduite…

Impressions

Lire 24 fois la vérité, c’est  revivre un siècle d’existence, un siècle d’événements, petits et grands, à travers le regard de deux hommes. Celui d’Adrien, journaliste et aspirant écrivain, et celui de Gabriel, son grand-père, opérateur de cinéma au début du XXe siècle. L’occasion de retracer l’évolution du cinéma et de l’enregistrement vidéo. L’occasion aussi de réfléchir sur ce que la vidéo  – et les médias – montrent du monde qui nous entoure. Est-ce la vérité qui ressort de ce que l’on cadre ? Peut-on vraiment vivre en regardant le monde à travers l’œil d’une caméra ? Que reste-t-il des personnes et des instants capturés fugacement sur une vidéo ? Comment finalement vivre pleinement sa vie ?

Un très beau texte, qui m’a émue par sa simplicité et son regard si juste sur le sens de la vie.

Raphaël Meltz – 24 fois la vérité – août 2021 – Le Tripode

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Les dents de lait – Helene Bukowski

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Les premières phrases

«  Le brouillard a englouti la mer. Comme un mur, il se dresse à la lisière de la plage. Impossible de m’habituer à la vue de toute cette eau. Je ne cesse de chercher une rive opposée qui puisse me servir de repère, mais à part la mer et le ciel, il n’y a rien. Les jours de brume, même cette limite-là finit par s’estomper.

C’est à peine si on aperçoit le soleil. Mais ça, ça va bientôt changer. Le premier signe avant-coureur est déjà apparu : les animaux se mettent à perdre leurs couleurs ici aussi. « 

Circonstances de lecture

Parce que ce titre m’intriguait…

Impressions

Quoi de mieux pour grandir qu’une maison pleine de livres, un garde-manger plein de provisions et un jardin où l’on peut se cacher dans les buissons et y construire des cabanes ? Reste qu’il y a les autres, avec leurs préjugés et leur peur de l’inconnu, symbolisé par ce pont détruit et cette rivière furieuse qui les coupent du monde.

Ce livre est dur comme la sécheresse sans fin qui rend le sol de plus en plus aride, qui décolore la peau et la chevelure des hommes, la fourrure des animaux. Ce livre est aussi doux et sucré que les mirabelles et les fruits au sirop. Une très belle histoire sur la différence et la tolérance, dans un cadre de fin du monde et de chasse aux sorcières. Bravo pour ce premier roman !

Helene Bukowski – Les dents de lait – août 2021 – Gallmeister

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Seule en sa demeure – Cécile Coulon

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Cécile Coulon - Seule en sa demeureLes premières phrases

«  Par un beau dimanche de mars, où le soleil poussait doucement l’hiver hors des forêts obscures, Jeanne Marchère mourut dans la travée principale de la petite église des Saints-Frères.

Elle avançait, devant son fils et son époux, le dos bien droit, trois nattes de cheveux blonds enroulées à la nuque. Au-dessus des statues aux yeux blancs, les vitraux surplombaient la nef. « 

Circonstances de lecture

Parce que Cécile Coulon est mon autrice chouchou 🙂 …

Impressions

Cette fois-ci, Cécile Coulon nous emporte dans le Jura, avec une intrigue dans la lignée de Rebecca de Daphné du Maurier. Un mariage arrangé au 19ème siècle, une demeure lovée au cœur des bois, une première épouse morte quelques mois après les noces, un mari pieux et droit, une nouvelle épouse de plus en plus oppressée par ces lieux, et une servante aux petits soins… Il n’en fallait pas plus pour créer une histoire pleine de mystères, dont la tension va crescendo jusqu’à la toute dernière page. Merci Cécile Coulon de nous livrer de si beaux romans !

Cécile Coulon – Seule en sa demeure – Août 2021 – L’Iconoclaste

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Shuggie Bain – Douglas Stuart

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Douglas Stuart - Shuggie BainLes premières phrases

«  C’était une journée morne. Son esprit l’avait abandonné ce matin-là, laissant errer son corps vide. Il suivait sa routine, apathique, pâle, le regard éteint sous les néons fluorescents, tandis que son âme flottait au-dessus des rayons en ne pensant qu’au lendemain. Le lendemain, ça faisait quelque chose à espérer. « 

Circonstances de lecture

Parce que j’avais envie d’en savoir plus sur ce petit garçon perché…

Impressions

Shuggie aime sa maman plus que tout au monde et il ferait n’importe quoi pour elle. Sa maman, c’est Agnes Bain, la plus jolie femme du quartier, l’une des plus tristes aussi. Et sa tristesse, elle la noie dans la bière brune et la vodka. C’est contre ce démon que Shuggie se bat au quotidien, avec sa grande sœur Catherine et son grand frère Leek. Car il s’est donné comme mission de sauver sa maman.

Un livre dur et noir comme les corons de Glasgow dans les années Thatcher. Une noirceur éclaircie de temps à autre par quelques rares moments de grâce et de bonheur. Un premier roman qui fait comme un coup au cœur.

Douglas Stuart – Shuggie Bain – Août 2021 – Globe

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Curiosity – Sophie Divry

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Les premières phrases

«  Dieu me parle tous les matins entre 8h et 10h. Au lever du soleil, quand les températures sont tellement basses au-dessous de zéro que le plus petit mouvement me briserait, je reçois Son message. Au plus tôt à 7h, rarement plus tard que midi. Dieu me donne mon emploi du temps pour toute la journée. Il s’agit de rouler, de photographier, de faire un bulletin météo ou plus rarement de lancer une analyse chimique. Je finis le travail exigé en milieu d’après-midi. C’est un travail précis, souvent fastidieux, mais je le réalise avec sérieux, car je veux que Dieu soit content de moi.

Quand j’ai terminé, le soleil commence à blanchir, le jaune du ciel à foncer ; je débranche mes outils et prépare ma mise en sommeil. Je ressens alors une sorte de contraction mélancolique, un mélange de fatigue, de satisfaction et de tristesse. Encore un jour tout seul… « 

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé le précédent roman de Sophie Divry, Trois fois la fin du monde.

Impressions

Sophie Divry propose ici un court roman, suivi d’une nouvelle.

Voici l’histoire d’un robot envoyé sur Mars pour analyser tout signe potentiel de vie. « Dieu » le contacte chaque jour pour lui donner une mission. Mais Curiosity se sent seul… Car il a été doté de facultés sociales et d’imagination. 

Voici l’histoire de Josiane, 71 ans, qui passe le confinement enfermé avec son chat et son lapin vibromasseur dans son petit appartement, jusqu’au jour où un centre d’appel la contacte pour lui vendre un produit innovant, capable d’agrandir les superficies…

Ces deux histoires offrent une belle réflexion sur les grands espaces, la solitude et le sens de la vie.

Sophie Divry – Curiosity – mars 2021 – Notabilia

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Crescent City – Sarah J.Maas

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Sarah J.Maas - Crescent CityLes premières phrases

«  Il y avait un loup devant l’entrée de la galerie.

On devait donc être jeudi, ce qui signifiait que Bryce était vraiment épuisée si elle comptait sur les allées et venues de Danika pour savoir quel jour on était.

La lourde porte métallique des Antiquités Griffin vibra sous l’impact du poing lupin – un poing qui se terminait, Bryce le savait, par des ongles violet métallisé ayant grand besoin d’une manucure. Une voix féminine se mit à aboyer un instant plus tard, à moitié étouffée par l’acier : « Allez, B, dépêche-toi de m’ouvrir. Il fait une chaleur d’Anfer ici ! »  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais très envie de découvrir l’univers de Sarah J. Maas.

Impressions

« Crescent City » redonne ses lettres de noblesse à la bit-lit. Si vous aimez la fantasy urbaine, les êtres surnaturels, les enquêtes fantastiques (sans prise de tête) et les histoires d’amour, foncez ! Le rythme va crescendo jusqu’à un final époustouflant. Avec en prime un beau message sur le métissage et la tolérance. Seul bémol : le style d’écriture, trop familier à mon goût. J’attends cependant la suite avec impatience !

A noter : la version reliée est superbe…

Sarah J. Maas – Crescent City – mai 2021 – De Saxus

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Hamnet – Maggie O’Farrell

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Les premières phrases

«  A boy is coming down a flight of stairs. 

The passage is narrow and twists back on itself. He takes each step slowly, sliding himself along the wall, his boots meeting each tread with a thud.

Near the bottom, he pauses for a moment, looking back the way he has come. Then, suddenly resolute, he leaps the final three stairs, as is his habit. He stumbles as he lands, falling to his knees on the flagstone floor.  »

Circonstances de lecture

Parce que les livres sur Shakespeare m’intéressent.

Impressions

Lire « Hamnet », c’est suivre les pas de ce petit garçon qui, on le sait, n’a plus que quelques heures à vivre. C’est revivre avec lui l’amour naissant de ses parents, le balbutiement de la carrière de son père, Shakespeare, les sublimes étrangetés de sa mère, Agnès, qui sait lire dans la paume de la main et dans le cœur des hommes. Un texte magnifique, forcément triste, mais d’une beauté qui réchauffe le cœur. Émotions garanties.

Maggie O’Farrell – Hamnet – mars 2020 – Tinder Press (paru chez Belfond en français)

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La fille du sculpteur – Tove Jansson

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Les premières phrases

«  Grand-père était pasteur et prêchait pour le roi de Suède. Un jour, longtemps avant que ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ne peuplent la terre, grand-père est arrivé sur une longue prairie verdoyante, bordée de forêts et de montagnes, qui ressemblait à la vallée du paradis. Jusqu’à son extrémité, elle s’ouvrait sur une baie pour que ses descendants puissent s’y baigner. « 

Circonstances de lecture

Parce que ce titre me tentait beaucoup.

Impressions

Tove Jansson, la créatrice des Moumines, raconte ici son enfance en Finlande, auprès de ses parents artistes. Chaque chapitre nous emporte dans un souvenir, entre réalité et imaginaire d’enfant. On y sent l’odeur du sapin de Noël, la chaleur du poêle à bois, l’humidité de l’argile encore fraîche, le souffle du vent marin. Une ballade pleine de poésie et d’un brin de folie enfantine. Un livre qui fait du bien.

Tove Jansson – La fille du sculpteur – Février 2021 – La Peuplade

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La Fille aux mains magiques – Nnedi Okorafor et Zariel

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Nnedi Okorafor - La Fille aux mains magiquesLes premières phrases

«  Avez-vous déjà contemplé une peinture ou une sculpture qui vous tire un sourire ? Qui vous fasse pleurer ? Rire ? Ou trembler de peur ? Qui vous incite à vous demander si l’artiste n’a pas trop bu de bière ?

Incroyable, comme un simple regard sur une œuvre d’art peut nous faire ressentir des choses si puissantes. Comme si l’artiste avait jeté un sort sur le bout de toile ou sur la sculpture de bois. Et s’il vous dessinait dessus ? Le sortilège fonctionnerait-il encore ? »

Circonstances de lecture

Parce que cette couverture est tellement belle !

Impressions

Voici une histoire belle et touchante, magnifiquement illustrée par Zariel ! Un bel hommage à l’art et en particulier au dessin, qui va permettre à une petite fille malheureuse de transformer sa vie et celle de ses proches. De l’African Fantasy dépaysante où se mêlent les esprits de la forêt, la transmission et la magie du dessin. Un petit bijou. Simple et superbe.

Nnedi Okorafor & Zariel – La Fille aux mains magiques – mai 2021 – Actusf Graphic

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Et nous aurons l’éternité – Catherine Fradier

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Catherine Fradier - Et nous aurons l'éternitéLes premières phrases

«  – Tu veux que je te dise, mon Charly, jamais je n’irai dans cette maison de vieux. Jamais. Je mourrai avant. Avec panache. Oui, avec panache, comme Mark Zuckerberg. Quelle classe ce Zuckerberg. Baoum ! Pulvérisé. Ce serait une belle mort, n’est-ce pas ? Oui, je sais, mon Charly, il y a la question des explosifs et ça va être coton pour s’en procurer. Mais j’ai beau y réfléchir, il n’y a pas d’autre solution. »

Circonstances de lecture

Parce que cette couverture me faisait de l’œil, avec cette piscine remplie de livres.

Impressions

Catherine Fradier nous plonge dans un futur où les livres auraient disparu… Il n’en reste plus, ou presque. Seule Norma, une vieille femme anciennement romancière, en a conservés précieusement dans son appartement. A une époque où le roman est mort, où les personnes âgées sont parquées dans des « établissements de retrait », qu’en est-il de la mémoire et de l’imagination ? Une réflexion intéressante sur la place et le rôle de l’imagination dans la construction de notre identité et de notre société.

Catherine Fradier – Et nous aurons l’éternité – Au Diable Vauvert – Mai 2021 

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