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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Tag: Critique de livre

A la grâce des hommes – Hannah Kent

16 mardi Sep 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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A la grâce des hommes, Critique de livre, Hannah Kent, Presses de la Cité, roman

Hannah Kent - A la grâce des hommesLes premières phrases

«  Ils disent que je dois mourir. Ils disent que j’ai volé à ces hommes leur dernier souffle et qu’ils doivent voler le mien. Comme si nous étions des bougies – je vois palpiter leurs flammes graisseuses dans l’obscurité et le mugissement du vent. Et je crois entendre des pas déchirer le silence. D’horribles pas qui viennent à moi, qui viennent pour éteindre et emporter ma pauvre vie dans un ruban de fumée grise. Je me disperserai dans l’air nocturne. Ils nous éteindront tous, un à un, jusqu’à ce qu’ils ne s’éclairent plus qu’à la lueur de leurs propres bougies. Où serai-je alors?

Parfois, je crois revoir la ferme brûler dans la nuit. L’étau de l’hiver meurtrit mes poumons. Au loin, le feu se reflète dans la mer. L’eau ondule et semble vaciller sous les flammes. Je me suis retournée cette nuit-là. Un instant seulement, pour voir l’incendie. Quand je passe ma langue sur ma peau, je sens encore le goût du sel. Et l’odeur de roussi. 

Il n’a pas toujours fait aussi froid.

J’entends des pas venir à moi. « 

Circonstances de lecture

Coup de cœur de mon libraire.

Impressions

Un livre noir, envoûtant et glaçant sur la peine de mort au XIXème siècle en Islande. Hannah Kent raconte l’histoire – inspirée de faits réels – d’Agnes Magnusdottir, une servante islandaise condamnée à mort pour le meurtre de deux hommes. Avant d’être exécutée, elle est confiée à la garde d’une famille de fermiers, réticente à l’idée de recueillir sous son toit une criminelle. Petit à petit, Agnes se confie au révérend chargé de l’accompagner vers la mort…

Magnifiquement écrit, ce roman décrit la vie dans le grand Nord, une nature à la fois sublime et dangereuse en hiver. Un grand livre sur la vérité et la peine de mort. A lire !

Un passage parmi d’autres

 Ils ne savent pas qui je suis.

Je ne dis rien. Je suis résolue à me fermer au monde. Je veux endurcir mon cœur et m’accrocher à ce qui ne m’a pas encore été volé. Je ne me laisserai pas glisser vers le néant. Je me retiendrai à ce que je suis, je le garderai contre moi, je fermerai mes poings sur tout ce que j’ai vu, senti et entendu – les poèmes que j’ai composés en lessivant, en fauchant ou en cuisinant jusqu’à en avoir les paumes à vif, les sagas que je connais pas cœur. Tout cela, je l’emporterai sous l’eau avec moi. Mes mots ne seront plus que des bulles d’air. Nul ne pourra les retenir. Ceux qui me regarderont verront une putain, une folle, une meurtrière, une créature qui rougit l’herbe de sang et rit à gorge déployée, la bouche pleine de terre. Ils prononceront le mot « Agnes » et verront une sorcière, une araignée prise dans sa propre toile. Ou un agneau encerclé par des corbeaux, bêlant pour appeler sa mère. Mais ils ne me verront pas, moi. Je ne serai pas là.

Hannah Kent – A la grâce des hommes – 2014 (Presses de la Cité)

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Peine perdue – Olivier Adam

11 jeudi Sep 2014

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, Flammarion, Olivier Adam, Peine perdue, roman

Olivier Adam - Peine perdueLes premières phrases

«  Il sent son cœur battre dans sa tête. Ça et son souffle, ça prend toute la place. Les voitures sur le bitume humide, les moteurs les pneus, tout s’agrège en bouillie sourde à l’arrière plan. Les lumières comme des traînées orange et rouges, les palmiers les guirlandes, les néons les lampadaires, les cafés les boutiques, ça passe. Des masses plus ou moins claires, imprécises. L’hôtel où bosse Marion, ménage des chambres et petits déjeuners, son enseigne façon Los Angeles Hotel California, le mal de chien que ça lui fait de l’imaginer coucher avec l’autre connard à chemisette de VRP, le garage où il puait l’huile de moteur il y a encore un an, avant que le patron le vire parce qu’il se défonçait pendant les pauses, la clinique où le petit est né et la morsure de ne plus le voir tous les jours, ça passe. Il accélère et ça passe. La douleur dans les jambes et les poumons, les muscles qui éclatent et le souffle qui manque, l’impression d’être au bord et de tomber dans les pommes, ça fait tout passer.

Antoine vire à droite et au bout de la rue la mer est lisse : une plaque d’aluminium bordée de grains quasi marron. Entre les nuages le soleil tombe en rideau comme si le ciel avait quelque chose à nous dire. « 

Circonstances de lecture

Parce que c’est Olivier Adam…

Impressions

Encore un très bon livre d’Olivier Adam. Dans Peine perdue, il nous plonge dans la vie d’une station balnéaire de la Côte d’Azur. Chaque chapitre donne la parole à l’une des 22 personnes touchées, de près ou de loin, par l’agression d’Antoine et une tempête brutale. Une jeune fille mutique, un couple de retraités, des mafieux locaux, une équipe de foot, une assistante sociale… Un roman sombre, comme toujours, mais qui décrit avec justesse les petits et grands malheurs de la vie.

Un passage parmi d’autres

 Ils se relèvent et vont poursuivre leur promenade. Bien sûr c’est absurde. Le vent forcit et jamais ils ne pourront rebrousser chemin. La pluie commence à tomber et les transperce instantanément. La mer vient déjà lécher le ciment et s’aventure jusqu’à leurs pieds, alors qu’ils se tiennent prudemment en retrait, longent les grillages des villas côtières. Elle le regarde et dans ses yeux passe une question. Est-il certain de vouloir encore avancer ? De lui tenir la main et de marcher dans la pluie et la mer démontée vers la presqu’île inatteignable ? De progresser sur le chemin qui s’étrécit, jusqu’à disparaître sous la mer électrique ? De s’enfoncer dans cette nuit de plein jour, ce ciel anthracite qui a déjà tout avalé, ce rideau de pluie compacte qui les lacère désormais ? Il hoche la tête doucement. Elle lui sourit. Vers où marchent-ils ? Dans quelle nuit s’enfoncent-ils ? Quel déluge va les emporter, les dissoudre ? Les effacer. Les engloutir. Quel vent les pousse vers quel néant ?

Olivier Adam – Peine perdue – août 2014 (Flammarion)

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Confiteor – Jaume Cabré

05 vendredi Sep 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Actes Sud, Confiteor, Critique de livre, Jaume Cabré, roman

Jaume Cabré - ConfiteorLes premières phrases

«  Ce n’est qu’hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j’ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable. Tout à coup, j’ai vu clairement que j’avais toujours été seul, que je n’avais jamais pu compter sur mes parents ni sur un Dieu à qui confier la recherche de solutions, même si, au fur et à mesure que je grandissais, j’avais pris l’habitude de faire assumer par des croyances imprécises et des lectures très variées le poids de ma pensée et la responsabilité de mes actes. Hier, mardi soir, en revenant de chez Dalmau, tout en recevant l’averse, je suis arrivé à la conclusion que cette charge m’incombe à moi seul. Et que mes succès et mes erreurs sont de ma responsabilité, de ma seule responsabilité. Il m’a fallu soixante ans pour voir ça. J’espère que tu me comprendras et que tu sauras voir que je me sens désemparé, seul, et que tu me manques absolument. Malgré la distance qui nous sépare, tu me sers d’exemple. Malgré la panique, je n’accepte plus de planche pour me maintenir à flot. Malgré certaines insinuations, je demeure sans croyances, sans prêtres, sans codes consensuels pour m’aplanir le terrain vers je ne sais où. Je me sens vieux et la dame à la faux m’invite à la suivre. Je vois qu’elle a bougé le fou noir et qu’elle m’invite, d’un geste courtois, à poursuivre la partie. Elle sait que je n’ai plus beaucoup de pions. Malgré tout, ce n’est pas encore le lendemain et je regarde quelle pièce je peux jouer. Je suis seul devant le papier, ma dernière chance.

Ne me fais pas trop confiance. Dans ce genre tellement propice au mensonge que sont les Mémoires écrits pour un seul lecteur, je sais que je tendrai à toujours retomber sur mes quatre pattes, comme les chats ; mais je ferai un effort pour ne pas trop inventer. Tout s’est passé de cette façon, et pis encore. Je sais bien que je t’en avais parlé il y a longtemps ; mais c’est difficile et maintenant je ne sais pas comment m’y prendre. « 

Circonstances de lecture

Attirée par la couverture.

Impressions

Confiteor est un grand livre. Un livre exigeant aussi. J’ai dû m’accrocher pendant 100 pages avant de comprendre où l’auteur voulait en venir, et surtout pourquoi il avait choisi ce mode de narration assez déconcertant au début. Jaume Cabré passe ainsi du « je » au « il » dans la même phrase, mais aussi d’un siècle à un autre ! Car le narrateur raconte son histoire et celle de sa famille, alors que sa mémoire commence à défaillir.

Adria nous parle de son enfance, tiraillé entre un père qui veut faire de lui un humaniste polyglotte et une mère qui le rêve en violoniste. Il nous raconte l’histoire familiale, mais aussi celle d’objets emblématiques : un violon, une médaille et un vieux torchon souillé. Il rédige ainsi sa confession. Une confession qui nous entraîne de l’Espagne de Franco à l’Inquisition en passant par le nazisme, à la poursuite de l’origine du Mal.

Si les modes narratifs déconcertent au début, tenez bon. Une fois tous les morceaux du puzzle reconstitués, ce roman en vaut vraiment la peine !

Un passage parmi d’autres

 Tu as remarqué que la vie est un hasard insondable ? Des millions de spermatozoïdes du père, un seul féconde l’ovule qu’il faut. Que tu sois née ; que je sois né, ce sont des hasards immenses. Nous aurions pu naître des millions d’êtres différents qui n’auraient été ni toi ni moi. Que nous aimions Brahms l’un et l’autre est aussi un hasard. Que dans ta famille il y ait eu tant de morts et tellement peu de survivants. Tout est un hasard. Si l’itinéraire de nos gènes et nos vies ensuite avaient bifurqué à l’un des millions de carrefours possibles, on n’aurait même pas pu écrire tout ceci, qui sera lu par je ne sais qui. Vertigineux.

Jaume Cabré – Confiteor – 2013 (Actes Sud)

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Divergent – Veronica Roth

19 samedi Juil 2014

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers, SF

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Critique de livre, Divergent, lecture, loveinbooks, roman, Veronica Roth

Les premières phrases

Veronica Roth - Divergent«  There is one mirror in my house. It is behind a sliding panel in the hallway upstairs. Our faction allows me to stand in front of it on the second day of every third month, the day my mother cuts my hair.

I sit on the stool and my mother stands behind me with the scissors, trimming. The strands fall on the floor in a dull, blond ring.

When she finishes, she pulls my hair away from my face and twists it into a knot. I note how calm she looks and how focused she is. She is well-practiced in the art of losing herself. I can’t say the same of myself.

I sneak a look at my reflection when she isn’t paying attention – not for the sake of vanity, but out of curiosity. A lot can happen to a person’s appearance in three months. In my reflection, I see a narrow face, wide, round eyes, and a long, thin nose – I still look like a little girl, though sometime in the last few months I turned sixteen. The other factions celebrate birthdays, but we don’t. It would be self-indulgent.

« There, » she says when she pins the knot in place. Her eyes catch mine in the mirror. It is too late to look away, but instead of scolding me, she smiles at our reflection. I frown a little. Why doesn’t she reprimand me for staring at myself?

« So today is the day, » she says.

« Yes », I reply.

« Are you nervous? »

I stare into my own eyes for a moment. Today is the day of the aptitude test that will show me which of the five factions I belong in. And tomorrow, at the Choosing Ceremony, I will decide on a faction; I will decide the rest of my life; I will decide to stay with my family or abandon them. « 

Circonstances de lecture

Par curiosité devant ce phénomène… et conseillée par ma libraire.

Impressions

Pourquoi classer les livres par genre ? Pourquoi « Divergent » ne devrait être qu’un roman pour adolescents ? Après avoir refermé le premier tome de la série de Veronica Roth, je ne peux qu’affirmer ceci : l’adolescence est loin derrière moi et pourtant j’ai adoré « Divergent ». Lu en moins d’une semaine, c’est un véritable « page turner ». Difficile de s’arrêter une fois lancée ! Oui, c’est vrai, cela fait penser au début à « Harry Potter », notamment la cérémonie où les initiés doivent choisir la faction dans laquelle ils passeront le reste de leur vie. Mais qu’importe ! J’ai adoré Harry Potter ! Alors, s’il y est aussi question d’initiations et d’amitié, c’est bien les seuls points ressemblants.

Dans un monde futuriste, les hommes sont classés par faction : les Altruistes, les Audacieux, les Érudits, les Fraternels, et les Sincères. Élevée dans une famille d’Altruistes, Béatrice a 16 ans, l’âge de décider dans quelle faction elle mènera sa vie. Que dévoilera son test d’aptitudes ? Un roman haletant, proposant une vision intéressante des qualités humaines, de la vie en société, de la façon de maintenir la paix entre les hommes. Allez, hop, j’ouvre le deuxième tome…

Un passage parmi d’autres

 My family might be able to help me choose, if I could talk about my results. But I can’t. Tori’s warning whispers in my memory every time my resolve to keep my mouth shut falters.

Caleb and I climb the stairs and, at the top, when we divide to go to our seperate bedrooms, he stops me with a hand on my shoulder.

« Beatrice, » he says, looking sternly into my eyes. « We should think of our family. » There is an edge to his voice. « But. But we must also think of ourselves. »

For a moment I stare at him. I have never seen him think of himself, never heard him insist on anything but selflessness.

I am so startled by his comment that I just say what I am supposed to say: « The tests don’t have to change our choices. »

He smiles a little. « Don’t they, though? »

Veronica Roth – Divergent – 2011 (Katherine Tegen Books)

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Silo Origines – Hugh Howey

16 mercredi Juil 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers, SF

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Actes Sud, Critique de livre, Hugh Howey, roman, Silo, Silo Origines

Hugh Howey - Silo OriginesLes premières phrases

«  2110

Sous les collines du comté de Fulton, dans l’État de Géorgie

A son retour parmi les vivants, Troy était dans une tombe. Il se réveilla dans un espace confiné, le visage tout près d’une vitre givrée.

De l’autre côté de cette couche de glace, des silhouettes s’affairaient. Il essaya de lever les bras, de frapper à la vitre, mais il n’avait pas assez de force. Il tenta un cri, mais ne réussit qu’à tousser. Il avait un goût atroce dans la bouche. A ses oreilles retentirent le bruit métallique de gros verrous qu’on ouvrait, un chuintement d’air, le grincement de gonds restés longtemps en sommeil.

La lumière était vive ; les mains sur sa peau, chaudes. Ils l’aidèrent à s’asseoir tandis qu’il toussait encore et que son souffle se condensait en petits nuages. On lui tendit de l’eau. Des pilules. L’eau était fraîche et les pilules, amères. Il parvint à avaler quelques gorgées. Il était incapable de tenir son verre seul. Ses mains tremblaient tandis qu’une déferlante de scènes cauchemardesques lui revenait en mémoire. Le passé lointain se mêlait aux souvenirs récents. Il frissonna.

Une blouse en papier. Le picotement du sparadrap qu’on arrache, à son bras. Un tuyau qu’on retire de son entrejambe. Deux hommes en blanc l’aidèrent à sortir du cercueil. De la vapeur s’éleva tout autour de son corps avant de se dissiper.

Assis, ébloui, Troy regardait, à travers le clignement de ses paupières restées longtemps fermées, les rangées de cercueils pleins de vie qui s’étendaient à perte de vue le long des murs incurvés. Le plafond lui semblait bas, impression renforcée par toute la terre qui s’amoncelait au-dessus d’eux. Et par les années. Tant d’années avaient passé. Tous ceux qu’ils chérissaient auraient disparu à présent.

Tout avait disparu. « 

Circonstances de lecture

Suite du premier tome de cette trilogie de Hugh Howey.

Impressions

Comme son nom l’indique, « Silo Origines » revient aux origines de l’histoire du silo. Ce second volet de la trilogie de Hugh Howey parle donc de ce qui a poussé les hommes à s’enterrer dans les profondeurs de la terre. Un roman de SF intelligent, très bien écrit, qui se lit en quelques jours. Je ne dirai rien de plus de peur de spoiler ceux qui n’ont pas encore lu le premier volet, « Silo ». Pour ménager le suspens, lisez bien « Silo » avant « Silo Origines »! Vivement le troisième tome !

Un passage parmi d’autres

 Troy marchait le long de la rangée de cryopodes comme s’il savait où il allait. C’était ce même instinct qui lui avait fait choisir cet étage précédemment dans l’ascenseur. Chaque écran affichait un nom inventé. Il le savait. Il se rappelait avoir inventé le sien. Ça avait un rapport avec sa femme, c’était une façon de lui rendre hommage, mais aussi un moyen secret qu’il avait trouvé pour se souvenir un jour.

Tout cela était un rêve oublié, enfoui dans les brumes du passé. Avant qu’il prenne son poste, il y avait eu une formation. Des livres à lire et à relire. C’est à cette époque qu’il avait choisi son nom.

Une explosion d’amertume sur ses papilles l’obligea à s’arrêter. C’était le goût d’une pilule en train de se dissoudre. Il tira la langue, la frotta du bout des doigts, mais il n’y avait rien. Il sentait les ulcères qu’il avait sur les gencives mais ne se rappelait pas comment ils avaient pu se former.

Il continua à avancer. Quelque chose clochait. Ces souvenirs n’étaient pas censés lui revenir. Il se vit sur un chariot en train de crier, de se faire attacher, piquer le bras. Mais non, ce n’était pas lui. Lui, il tenait les bottes de l’autre homme.

Il s’arrêta devant l’un des podes et lut le nom d’Helen. Il eut un haut-le-cœur. Il ne voulait pas se rappeler. Tel était l’ingrédient secret : ne pas vouloir se rappeler. Ces souvenirs étaient censés lui échapper, devaient se prendre dans les tentacules des médicaments pour disparaître sous la surface. Mais à présent, une infime partie de lui mourait d’envie de tout savoir à nouveau. Un doute le rongeait, l’impression d’avoir laissé derrière lui une part cruciale de lui-même. Et cette infime partie de lui était prête à le noyer tout entier pour avoir des réponses.

Hugh Howey – Silo Origines – 2014 (Actes Sud)

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The Silkworm – Robert Galbraith

11 vendredi Juil 2014

Posted by Aurélie in En VO, Policiers / Thrillers, Romans étrangers

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Critique de livre, J.K.Rowling, lecture, loveinbooks, Robert Galbraith, roman, sphere, The Silkworm

Robert Galbraith - The SilkwormLes premières phrases

«  « Someone bloody famous, » said the hoarse voice on the end of the line, « better’ve died, Strike. »

The large unshaven man tramping through the darkness of predawn, with his telephone clamped to his ear, grinned.

« It’s in that ballpark. »

« It’s six o’clock in the fucking morning! »

« It’s half past, but if you want what I’ve got, you’ll need to come and get it, » said Cormoran Strike. « I’m not far away from your place. There’s a… »

« How d’you know where I live? » demanded the voice.

« You told me, » said Strike, stifling a yawn. « You’re selling your flat. »

« Oh, » said the other, mollified. « Good memory. »

« There’s a twenty-four caff… »

« Fuck that. Come into the office later… »

« Culpepper, I’ve got another client this morning, he pays better than you do and I’ve been up all night. You need this now if you’re going to use it. »

A groan. Strike could hear the rustling of sheets.

« It had better be shit-hot. »

« Smithfield Café on Long Lane, » said Strike and rang off. « 

Circonstances de lecture

Parce que c’est J.K.Rowling qui se cache derrière ce pseudo.

Impressions

Après « The Cuckoo’s Calling », voici la deuxième aventure du détective privé Cormoran Strike et de son assistante Robin. Cette fois-ci, J.K.Rowling nous plonge dans le milieu littéraire de Londres. Une femme vient solliciter Strike pour qu’il l’aide à retrouver son mari, un écrivain disparu depuis quelques jours. Une enquête parfaitement menée et parfaitement écrite. Du suspens jusqu’au bout. Bref, on redemande très vite un troisième tome !

Un passage parmi d’autres

 Paper rustled under his feet. Looking down, he saw a smattering of takeaway menus and an enveloppe addressed TO THE OCCUPIER/CARETAKER. He stooped and picked it up. It was a brief, angry handwritten note from the next-door neighbour, complaining about the smell.

Strike left the note fall back onto the doormat and moved forwards into the hall, observing the scars left on every surface where the chemical substance had been thrown. To his left was a door; he opened it. The room beyond was dark and empty; it had not been tarnished with the bleach-like substance. A dilapidated kitchen, also devoid of furnishings, was the  only other room on the lower floor. The deluge of chemicals had not spared it; even a stale half loaf of bread on the sideboard had been doused.

Strike headed up the stairs. Somebody had climbed or descended them, pouring the vicious, corrosive substance from a capacious container; it had spattered everywhere, even onto the landing windowsill, where the paint had bubbled and split apart.

On the first floor, Strike came to a halt. Even through the thick wool of his overcoat he could smell something else, something that the pungent industrial chemical could not mask. Sweet, putrid, rancid: the stench of decaying flesh.

He did not try either of the closed doors on the first door. Instead, with his birthday whisky swaying stupidly in its plastic bag, he followed slowly in the footsteps of the pourer of acid, up a second flight of stained stairs from which the varnish had been burned away, the carved banisters scorched bare of their waxy shine.

The stench of decay grew stronger with every step Strike took. It reminded him of the time they stuck long sticks into the ground in Bosnia and pulled them out to sniff the ends, the one fail-safe way of finding the mass graves. He pressed his collar more tightly to his mouth as he reached the top floor, to the studio where a Victorian artist had once worked in the unchanging northern light.

Strike did not hesitate on the threshold except fot the seconds it took to tug his shirt sleeve down to cover his bare hand, so that he would make no mark on the wooden door as he pushed it open. Silence but for a faint squeak of hinges, and then the desultory buzzing of flies.

He had expected death, but not this.

Robert Galbraith – The Silkworm – 2014 (Sphere)

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Les brumes de l’apparence – Frédérique Deghelt

19 jeudi Juin 2014

Posted by Aurélie in Romans français

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Actes Sud, Critique de livre, Frédérique Deghelt, Les brumes de l'apparence, roman

Frédérique Deghelt - Les brumes de l'apparenceLes premières phrases

«  Peut-être qu’à un moment je me suis dit qu’il valait mieux oublier tout ça, ne jamais en parler à personne, continuer ma vie qui, somme toute, me plaisait bien. Peut-être qu’il est impossible d’oublier ce qu’on a vu quand on ouvre une porte sur l’inconnu et qu’on comprend que de l’autre côté il se passe quelque chose d’immense. Peut-être que je me raconte des histoires et que tout ce qui est arrivé là, je l’avais désiré, manigancé à mon insu.

Le temps n’a plus d’importance. Je suis comme les enfants, comme les vieux et les âmes libres. Une minute peut me paraître une éternité, et cent ans un instant. Il suffit que je le décide. J’hésite entre la fiction et la réalité, mais raconter une histoire comme un joli conte de fées, c’est toujours la même imposture : rien n’est autobiographique, mais tout est vécu. Qu’est-ce que je pense maintenant du parcours de cette fille qui a grandi sans trop de problèmes et qui est devenue une femme, ni meilleure ni pire qu’une autre ; une femme comme il en existe des milliers, flanquée d’un mari, d’un enfant, une bourgeoise sans prétention qui vit comme on roule sur une autoroute, en mettant de l’essence dans le véhicule et en payant le péage jusqu’à destination ? « 

Circonstances de lecture

J’avais beaucoup aimé un de ses précédents romans, « La grand-mère de Jade ».

Impressions

Gabrielle est une Parisienne, à l’aise les pieds solidement posés sur le bitume, un brin allergique à ce qui se passe de l’autre côté du périphérique. Alors, quand elle reçoit en héritage une maison abandonnée en province, isolée dans une forêt que les gens du coin disent hantée, elle n’a qu’une idée : la vendre au plus vite pour s’en débarrasser. Évidemment, rien ne se passe comme prévu. Ce lieu finit par l’attirer… et va lui révéler des pouvoirs et un passé dont elle ignorait tout.

Une belle histoire, entre fiction et réalité, dans laquelle Frédérique Deghelt aborde ces faits étranges que l’on tend généralement à évacuer d’un revers de la main ou d’un haussement d’épaules. Ces petites choses qui surviennent au-delà de toute logique. Combattre les préjugés, s’accepter comme l’on est, voir au-delà des apparences, croire en l’impossible, voilà ce que nous propose Frédérique Deghelt. Si la deuxième moitié du roman m’a moins emportée, « Les brumes de l’apparence » demeure tout de même une de mes lectures préférées de ces derniers mois.

Un passage parmi d’autres

 La France sauvage, je ne la connais pas, je ne la recherche pas, et le plus drôle c’est que je suis en train de me demander si je n’ai pas tort.

Quelques petits points rouges à travers le feuillage attirent mon attention. Un cerisier sauvage qui, probablement, a destiné ses fruits aux oiseaux depuis fort longtemps. Quand je vois des cerises à Paris, je pense aux clafoutis que je mangeais autrefois. Quand je goûte les premières cerises, chaque début d’été, une bouffée d’enfance remonte de je ne sais où. Je revois un arbre que j’adorais, mais où était-il ? Quelque chose en moi a envie de dire que j’y allais avec ma grand-mère dans un jardin dont je ne sais plus le nom, mais je n’ai pas le souvenir d’une aïeule, ni d’une récolte de cerises en sa compagnie. Pourtant je me revois, bien cachée sur une branche, avec la sensation d’être perchée sur l’univers le plus gourmand du monde. Je remplissais mon ventre et mon panier. Je tachais mes habits, je crachais les noyaux, où était-ce ? Seule la mémoire des papilles me jette dans cette euphorie. A Paris, les fruits n’ont pas d’odeur. Les fraises sont devenues comme les gens, ils ne sentent plus rien. J’en oublie la rivière. Une branche plus basse, je l’utilise comme appui. Les oiseaux ont déjà picoré, mais il en reste encore de bien mûres que je vais me faire une joie de leur disputer. J’ai envie d’éclater de rire. Seule, perchée sur ma branche avec mes gourmandises d’un franc rouge foncé. Je les ai mises sur chaque oreille, je retombe en enfance et ça fait un bien fou. Et me vient une idée plus folle encore : y a-t-il eu un moment où je ne détestais pas la campagne ? Peut-être, quand j’étais très petite. Avant que la ville ne devienne mon terrain de jeu exclusif.

Frédérique Deghelt – Les brumes de l’apparence – mars 2014 (Actes Sud)

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Mr Gwyn – Alessandro Baricco

14 samedi Juin 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

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Alessandro Baricco, Critique de livre, Gallimard, Mr Gwyn, roman

Alessandro Baricco - Mr GwynLes premières phrases

«  Tandis qu’il marchait dans Regent’s Park – le long d’une allée qu’il choisissait toujours, entre toutes -, Jasper Gwyn eut soudain la sensation limpide que ce qu’il faisait chaque jour pour gagner sa vie ne lui convenait plus. Plusieurs fois cette pensée l’avait effleuré, mais jamais avec la même netteté ni la même agilité.

Aussi, de retour chez lui, il se mit à écrire un article qu’il imprima, glissa dans une enveloppe, pour ensuite aller le déposer personnellement, traversant toute la ville, à la rédaction du Guardian. Ils le connaissaient. Occasionnellement il collaborait avec eux. Il demanda s’il était possible d’attendre une semaine avant de publier son papier.

Ce dernier consistait en une liste de cinquante-deux choses que Jasper Gwyn se promettait de ne plus jamais faire. La première était d’écrire des articles pour The Guardian. La treizième, d’aller parler devant des classes en prenant un air sûr de lui. La trente et unième, de se faire photographier le menton dans la main, songeur. La quarante-septième, de se forcer à être poli avec des collègues qui en vérité le méprisaient. La dernière était : d’écrire des livres. D’une certaine manière, elle éteignait la vague lueur d’espoir que l’avant-dernière pouvait avoir laissée : de publier des livres. « 

Circonstances de lecture

Découvert à La Grande Librairie.

Impressions

Jasper Gwyn, écrivain britannique, décide d’arrêter d’écrire. Au grand désespoir de son agent qui, au début, n’y croit pas une seconde. Mais Jasper Gwyn entend se tenir à cette décision. Et bientôt, il entreprend de se lancer dans une nouvelle aventure : « écrire » le portrait de parfaits inconnus, à la manière d’un peintre, dans un vieil atelier éclairé, selon son souhait, de 18 ampoules Catherine de Médicis.

En lisant Alessandro Baricco (que je découvre avec ce livre), je ne peux m’empêcher de penser à Paul Auster, qui, lui-aussi, se penche sur le processus de création. Mr Gwyn est un livre intelligent, merveilleusement bien écrit, qui délivre ses clés petit à petit, jusqu’à un final inattendu. Alessandro Baricco, merci ! Je vais m’empresser d’aller acheter d’autres de vos romans !

Un passage parmi d’autres

 – J’ai loué un atelier, derrière Marylebone High Street, un grand local, tranquille. J’y ai mis un lit, deux fauteuils, guère plus. Parquet au sol, murs défraîchis, un bel endroit. Ce que j’aimerais, c’est que vous veniez quatre heures par jour pendant une trentaine de jours, de 16 heures à 20 heures. Sans jamais sauter de jour, même le dimanche. J’aimerais que vous soyez ponctuelle et que, quoi qu’il arrive, vous posiez là pendant quatre heures, ce qui pour moi signifie simplement vous laisser regarder. Vous ne devrez pas rester dans une position que j’aurai choisie, mais juste évoluer dans cet espace, à votre convenance, marcher ou vous allonger, vous asseoir, où bon vous semble. Vous n’aurez ni à parler ni à répondre à aucune question, et je ne vous demanderai jamais de faire quoi que ce soit de particulier. Je continue ?

– Oui.

– Je voudrais que vous posiez nue, je pense que c’est une condition indispensable à la réussite du portrait.

Cette phrase-là, il l’avait préparée devant son miroir. La dame au foulard imperméable en avait peaufiné la tournure.

La jeune femme avait encore sa tasse à la main. De temps en temps elle la portait à ses lèvres, sans pour autant se décider à boire.

Jasper Gwyn sortit une clé de sa poche et la posa sur la table.

– Ce que je voudrais, c’est que vous preniez cette clé et que vous vous en serviez pour entrer dans l’atelier, chaque jour à 16 heures. Peu importe ce que je fais, moi, vous devez m’oublier. Comme si vous étiez seule, dans cette pièce, en permanence. Je vous demande seulement de vous en aller à 20 heures précises tous les soirs, et de fermer la porte derrière vous. Quand on aura terminé, vous me rendrez la clé. Buvez votre café, il va refroidir.

Alessandro Baricco – Mr Gwyn – 2014 (Gallimard)

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Le Liseur du 6h27 – Jean-Paul Didierlaurent

11 mercredi Juin 2014

Posted by Aurélie in Romans français

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Au diable vauvert, Critique de livre, Jean-Paul Didierlaurent, Le Liseur du 6h27, roman

Jean-Paul Didierlaurent - Le Liseur du 6h27Les premières phrases

«  Certains naissent sourds, muets ou aveugles. D’autres poussent leur premier cri affublés d’un strabisme disgracieux, d’un bec de lièvre ou d’une vilaine tache de vin au milieu de la figure. Il arrive que d’autres encore viennent au monde avec un pied bot, voire un membre déjà mort avant même d’avoir vécu. Guylain Vignolles, lui, était entré dans la vie avec pour tout fardeau la contrepèterie malheureuse qu’offrait le mariage de son patronyme avec son prénom: Vilain Guignol, un mauvais jeu de mots qui avait retenti à ses oreilles dès ses premiers pas dans l’existence pour ne plus le quitter. 

Ses parents avaient ignoré les prénoms du calendrier des Postes de cette année 1976 pour porter leur choix sur ce « Guylain » venu de nulle part, sans même penser un seul instant aux conséquences désastreuses de leur acte. Étonnamment et bien que la curiosité fût souvent forte, il n’avait jamais osé demander le pourquoi de ce choix. Peur de mettre dans l’embarras peut-être. Peur aussi sûrement que la banalité de la réponse ne le laissât sur sa faim. Il se plaisait parfois à imaginer ce qu’aurait pu être sa vie s’il s’était prénommé Lucas, Xavier ou Hugo. Même un Ghislain aurait suffi à son bonheur. Ghislain Vignolles, un vrai nom dans lequel il aurait pu se construire, le corps et l’esprit bien à l’abri derrière quatre syllabes inoffensives. Au lieu de cela, il lui avait fallu traverser l’enfance avec, accrochée à ses basques, la contrepèterie assassine : Vilain Guignol. En trente-six ans d’existence, il avait fini par apprendre à se faire oublier, à devenir invisible pour ne plus déclencher les rires et les railleries qui ne manquaient pas de fuser dès lors qu’on l’avait repéré.  « 

Circonstances de lecture

Après avoir lu les bonnes critiques autour de ce premier roman et vu l’auteur à La Grande Librairie, je n’ai pas pu résister…

Impressions

« Le Liseur du 6h27 » nous plonge dans un univers proche de ceux de Jean-Pierre Jeunet et d’Anna Gavalda.

Guylain déteste son travail : le broyage des livres invendus. Pour celui qui adore les livres et qui aurait aimé travailler dans l’édition, c’est un supplice. Alors, pour se donner du courage, il lit tous les matins dans le RER de 6h27, à voix haute, les quelques pages qu’il a pu sauver la veille de la machine. Voilà l’idée de départ de ce très beau premier roman, qui se lit d’une traite, et où l’on prend plaisir à côtoyer des personnages hauts en couleurs, à l’instar d’un gardien d’usine amoureux du théâtre classique. C’est très drôle et émouvant tout à la fois. A lire pour le plaisir !

Un passage parmi d’autres

 « Tandis que le jour naissant venait s’écraser sur les vitres embuées, le texte s’écoulait de sa bouche en un long filet de syllabes, entrecoupé çà et là de silences dans lesquels s’engouffrait le bruit du train en marche. Pour tous les voyageurs présents dans la rame, il était le liseur, ce type étrange qui, tous les jours de la semaine, parcourait à haute et intelligible voix les quelques pages tirées de sa serviette. Il s’agissait de fragments de livres sans aucun rapport les uns avec les autres. Un extrait de recette de cuisine pouvait côtoyer la page 48 du dernier Goncourt, un paragraphe de roman policier succéder à une page de livre d’histoire. Peu importait le fond pour Guylain. Seul l’acte de lire revêtait de l’importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l’étouffait à l’approche de l’usine.

Jean-Paul Didierlaurent – Le Liseur du 6h27 – 2014 (Au diable vauvert)

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La Guilde des Magiciens – Trudi Canavan

09 lundi Juin 2014

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers

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Bragelonne, Critique de livre, La Guilde des Magiciens, roman, Trilogie du Magicien Noir, Trudi Canavan

Trudi Canavan - La Guilde des MagiciensLes premières phrases

«  A Imardin, on dit que le vent a une âme et qu’il gémit le long des rues étroites, désolé par ce qu’il y voit. Le jour de la Purge, il grondait au creux des voiles affalées du port, s’engouffrait sous les portes Ouest et hurlait contre les flancs des maisons. Là, comme attristé par les âmes en peine qu’il y rencontrait, il se faisait aussi doux qu’un murmure.

C’était en tout cas ce que s’imaginait Sonea. Alors qu’une autre rafale de vent froid la fouettait, elle serra encore plus son manteau râpé contre ses flancs. Baissant les yeux, elle grimaça en voyant la boue qui éclaboussait ses chaussures à chaque pas. Les chiffons dont elle avait rempli ses bottes trop grandes étaient déjà saturés d’eau, et ses orteils la brûlaient.

Un mouvement vif, sur sa droite, attira son attention, et elle fit un pas de côté pour éviter un homme qui titubait. Sortant d’une allée, il tomba à genoux dans la boue juste devant elle. Sonea s’arrêta et lui tendit la main, mais le vieil homme ne parut pas la voir. Il se releva et rejoignit le flot de silhouettes voûtées qui descendaient la rue.

En secouant la tête à l’abri de sa capuche, Sonea regarda autour d’elle. Un soldat montait nonchalamment la garde à l’entrée de la ruelle. Sa bouche s’ourlait d’un sourire dédaigneux, et son regard sautait de passant en passant. Elle posa les yeux sur lui, mais lorsqu’il tourna la tête dans sa direction, elle regarda vivement ailleurs.

Maudits soient les gardes, pensa-t-elle. Puissent-ils trouver des farens venimeux cachés dans leurs bottes.

Quelques noms de gardes gentils et serviables lui vinrent à l’esprit, mais elle n’était pas d’humeur à faire des exceptions.

Emboîtant le pas aux silhouettes qui avançaient en traînant les pieds, Sonea se fendit dans la foule et déboucha bientôt sur une artère plus large. Des maisons à deux ou trois étages se dressaient de chaque côté ; des visages étaient collés à leurs fenêtres les plus hautes. Sonea vit un homme aux riches vêtements qui tenait un enfant à bout de bras pour qu’il puisse mieux regarder la foule. L’homme pinçait les narines de dégoût, et, quand il tendit le doigt vers le bas, le petit garçon grimaça comme s’il avait goûté quelque chose de répugnant.

Sonea les défia du regard. »

Circonstances de lecture

Trois tomes lus sur les conseils de ma libraire, en trois semaines.

Impressions

L’histoire peut paraître assez classique : une jeune fille, Sonea, se découvre soudain des pouvoirs magiques inattendus et doit apprendre à les maîtriser. Originaire des Taudis, elle obtient ainsi son ticket d’entrée à la Guilde, d’ordinaire réservée aux enfants des nobles de la ville. Rien de très original, donc. Mais, petit à petit, on se laisse happer par l’histoire, très rythmée, et ses personnages, très attachants. Et, sans même s’en rendre compte, on ferme les pages du premier, puis du deuxième et enfin du troisième et dernier tome (le meilleur)… en l’espace de trois semaines ! Preuve que, malgré une trame plutôt classique et une écriture qui ne m’a pas emballée d’emblée, la Trilogie du Magicien Noir m’a bel et bien transportée dans l’univers de Trudi Canavan.

Un passage parmi d’autres

 Le soleil s’était levé sur les tours du palais et inondait les jardins de la Guilde d’une lumière dorée.

Sonea déambulait le long du chemin et ne disait pas un mot. Elle boudait. Rothen savait que la jeune fille n’était pas dupe : s’ils se promenaient aussi souvent, c’était parce que la Guilde était magnifique. Le mage avait compris que Sonea se surveillait et s’empêchait de trouver l’ombre d’une raison de rester.

Rothen sourit. Sonea critiquait tout ce qu’on lui montrait, mais le mage avait décidé de lui faire visiter tout le domaine. Si elle voulait rejeter la Guilde, au moins, qu’elle sache ce qu’elle allait rater !

A force de l’entendre jurer ses grands dieux qu’elle voulait partir, Rothen avait remis en question sa propre vie. Comme il était d’usage chez les enfants des Maisons, on avait testé ses capacités magiques dès qu’il avait eu dix ans. Il se rappelait encore l’excitation de ses parents, lorsqu’on leur avait annoncé le résultat. Son père et sa mère lui avait dit et répété à quel point il était chanceux et hors du commun. Depuis ce jour-là, Rothen travaillait pour se faire une place à la Guilde.

Sonea n’avait pas été élevée dans l’optique de devenir mage. Son éducation lui avait appris à craindre les magiciens, à les haïr, à les critiquer et les accuser de tous les maux du monde. Dans un tel climat, Rothen devinait sans mal pourquoi s’installer à la Guilde ressemblait à une trahison pour elle.

Mais s’il parvenait à lui faire comprendre qu’elle pourrait utiliser ses pouvoirs pour le bien des habitants des Taudis, elle accepterait peut-être de rester.

Trudi Canavan – La Guilde des Magiciens (La Trilogie du Magicien Noir) – 2007 (Bragelonne)

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