• A propos

Love In Books

~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

Love In Books

Archives de Tag: roman

Temps glaciaires – Fred Vargas

29 dimanche Mar 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Flammarion, Fred Vargas, Polar, roman, Temps glaciaires

Fred Vargas - Temps glaciairesLes premières phrases

«  Plus que vingt mètres, vingt petits mètres à parcourir avant d’atteindre la boîte aux lettres, c’était plus difficile que prévu. C’est ridicule, se dit-elle, il n’existe pas de petits mètres ou de grands mètres. Il y a des mètres et voilà tout. Il est curieux qu’aux portes de la mort, et depuis cette place éminente, on persiste à songer à de futiles âneries, alors qu’on suppose qu’on énoncera quelque formule d’importance, qui s’inscrira au fer rouge dans les annales de la sagesse de l’humanité. Formule qui sera colportée ensuite, de-ci de-là: « Savez-vous quelles furent les dernières paroles d’Alice Gauthier ? »

Si elle n’avait rien à déclarer de mémorable, elle avait néanmoins un message décisif à porter, qui s’inscrirait dans les annales ignobles de l’humanité, infiniment plus vastes que celles de la sagesse. Elle regarda la lettre qui tremblait dans sa main.

Allons, seize petits mètres. Depuis la porte de son immeuble, Noémie la surveillait, prête à intervenir au premier vacillement. Noémie avait tout tenté pour empêcher sa patiente de s’aventurer seule dans la rue, mais le très impérieux caractère d’Alice Gauthier l’avait vaincue.

– Pour que vous lisiez l’adresse postale par-dessus mon épaule ?

Noémie avait été offensée, ce n’était pas son genre.

– C’est le genre de tout le monde, Noémie. Un de mes amis – un vieux truand par ailleurs -, me disait toujours : « Si tu veux garder un secret, eh bien garde-le. » Moi j’en ai gardé un longtemps, mais il m’embarrasserait pour grimper au ciel. Encore que, même ainsi, mon ciel n’est pas gagné. Débarrassez-moi le plancher, Noémie, et laissez-moi aller. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « Pars vite et reviens tard » de Fred Vargas.

Impressions

Un bon polar comme je les aime. Intelligent, bien écrit, avec des dialogues plein d’humour, des personnages attachants, et un meurtrier dont on n’apprend l’identité qu’à la toute fin du livre. Le dernier Fred Vargas ne m’a pas déçu. On y retrouve avec plaisir le commissaire Adamsberg et son équipe. Tout commence à Paris avec des suicides suspects, un mystérieux signe tracé sur les scènes de crime, puis on embarque pour l’Islande et une île terrifiant les locaux, avant de plonger en pleine Révolution Française pour côtoyer Robespierre, Danton et d’innombrables guillotinés. Mélangez tout ça et vous obtenez un très bon Fred Vargas !

Un passage parmi d’autres

 – Eh bien, je me suis un peu amusé avec ce costume. Je me suis regardé dans la glace. Et à cet instant, en même temps, quelque chose n’allait pas. Donc ça avait dû se passer avant, dans Le Creux. Pas quand je marchais dans le gratteron. Non, après. Céleste dans sa vieille cabane avec son sanglier ? Pelletier qui puait le cheval ? Je ne sais pas. Ou quand j’ai dessiné sur le pare-brise ?

Dessiné quoi ? Lucio s’en foutait.

– S’est passé combien d’heures entre le gratteron et le pare-brise ?

– Environ huit heures.

– Ben c’est pas trop long, tu devrais trouver. Creuse. C’est une pensée que t’as pensée et t’as pas fini de penser. Faut pas perdre ses pensées comme ça, hombre. Faut faire attention où on range ses affaires. Ton adjoint, le commandant, ça le gratte aussi ? Et l’autre, avec les cheveux roux ?

– Non. Ni l’un ni l’autre.

– C’est que c’est bien une pensée à toi. C’est dommage, quand t’y réfléchis, que les pensées n’aient pas de nom. On les appellerait, et elles viendraient se coucher à nos pieds ventre à terre.

– Je crois qu’on a dix mille pensées par jour. Ou des milliards sans s’en rendre compte.

– Oui, dit Lucio en ouvrant sa seconde bière. Ce serait le bazar.

Adamsberg traversa la cuisine, croisant son fils qui travaillait sur de futurs bijoux, muni de pain et de fromage.

– Tu montes déjà ?

– Je dois aller chercher des pensées que j’ai pensées et que j’ai oublié de penser.

– Je vois, dit Zerk avec la plus parfaite sincérité.

Allongé sur son lit, Adamsberg gardait les yeux ouverts dans l’obscurité. La bière de Lucio lui disloquait un peu la nuque. Il s’obligea à rouvrir les yeux. « Creuse », il a dit. Cherche. Réfléchis. Sois capable.

Et il s’endormit, sans penser.

Fred Vargas –  Temps glaciaires – 2015 (Flammarion)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Morwenna – Jo Walton

21 samedi Mar 2015

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans étrangers, SF

≈ 4 Commentaires

Étiquettes

Critique de livre, Denoël, Jo Walton, Morwenna, roman

Jo Walton - MorwennaLes premières phrases

«  L’usine Phurnacite d’Abercwmboi avait tué tous les arbres à des kilomètres à la ronde. Nous avions mesuré avec le compteur de la voiture. On l’aurait dit sortie des profondeurs de l’enfer, sombre et menaçante, avec ses cheminées cracheuses de flammes se reflétant dans une mare noire qui tuait tout animal qui se risquait à y boire. La puanteur était indescriptible. Nous remontions les vitres de la voiture au maximum quand nous devions passer par là et essayions de ne pas respirer, mais Grampar disait que personne ne pouvait retenir sa respiration si longtemps, et il avait raison. Dans cette odeur se mêlaient le souffre, produit de l’enfer, comme chacun sait, et bien pire, des métaux innommables surchauffés et de l’œuf pourri.

Ma sœur et moi appelions cet endroit Mordor, et nous n’y étions encore jamais allées seules. Nous avions dix ans et étions donc de grandes filles, mais, dès que nous avons commencé à la regarder, à notre descente du bus, nous nous sommes donné la main.

C’était le soir et, plus nous approchions, plus elle se dressait noire et terrifiante. Six de ses cheminées étaient éclairées ; quatre crachaient une fumée délétère.

« Certainement une ruse de l’Ennemi », ai-je murmuré.

Mor n’avait pas envie de jouer. « Tu crois vraiment que ça va marcher?

– Les fées en sont sûres, ai-je répondu de mon ton le plus rassurant.

– Je sais, mais par moments je me demande ce qu’elles comprennent au monde réel.

– Leur monde est réel, ai-je objecté. Il est juste différent, c’est une question de point de vue.

– Oui. » Elle ne pouvait détacher les yeux de l’usine, de plus en plus grosse et effrayante à mesure que nous approchions. « Mais je me demande d’où elles voient notre monde. Et c’est incontestablement le nôtre. Les arbres sont morts. Il n’y a pas de fée à des kilomètres à la ronde.

– C’est pour ça que nous sommes là », ai-je dit. »

Circonstances de lecture

Intriguée par la couverture, pleine de fraîcheur et de féérie.

Impressions

Vous aimez les livres et les contes de fées, vous avez passé votre enfance et votre adolescence à dévorer les romans de SF et de Fantasy ? Alors, ce livre est fait pour vous. On se prend d’emblée d’affection pour la petite Morwenna, 15 ans. Sa sœur jumelle est morte dans un mystérieux accident. Morwenna en est ressortie avec une jambe qui la fait souffrir en permanence. Heureusement, les livres de SF et de Fantasy sont là pour la sauver. Elle les dévore comme d’autres engloutissent des anti-dépresseurs. Avec Tolkien sur le haut du podium. « J’avais des livres, de nouveaux livres, et je peux tout supporter tant que j’en ai », nous glisse Morwenna.

Jo Walton nous transporte dans le quotidien de cette jeune ado résolument pas comme les autres. Parce qu’elle préfère la compagnie des livres à celle des filles de son âge, parce que sa mère est, selon elle, une sorcière, parce qu’elle se dit capable de voir les fées et la magie du monde qui l’entoure, parce qu’elle passe tout son temps libre dans les librairies et les bibliothèques, Morwenna détonne et émeut le lecteur. J’ai adoré. Un livre inclassable sur la puissance de la littérature et de l’imaginaire.

Un passage parmi d’autres

 Il y a un banc près de l’étang, avec de l’herbe qui pousse autour, et des saules qui se penchent sur l’eau. Les feuilles de leurs branches tombantes jaunissent. Je me dis toujours que saules pleureurs est un nom qui leur va bien, mais « saules rieurs » l’est aussi. Les saules aiment l’eau et les aulnes la détestent. Il y a une route au-dessus du marais de Croggin appelée Heol y Gwern, la voie des Aulnes, parce que les gens en ont planté le long de la route pour marquer le chemin le plus sûr. On pense que c’était au néolithique. En tout cas, c’était avant les Romains. Ç’a été un choc de lire l’histoire de la vallée. Quand je rentrerai, je ne sais pas si je pourrai la regarder de la même façon.

Assise sur le banc près des saules, j’ai mangé mon gâteau au miel en lisant Triton. Il y a des choses affreuses dans le monde, c’est vrai, mais il y a aussi des livres magnifiques. Quand je serai grande, je voudrais écrire quelque chose que quelqu’un pourra lire assis sur un banc par une journée pas trop chaude et qui lui fera complètement oublier le lieu et l’heure. J’aimerais écrire comme Delany, Heinlein ou Le Guin.

Jo Walton – Morwenna – 2014 (Denoël)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

L’épouse modèle – Emma Chapman

13 vendredi Mar 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Emma Chapman, feux croisés, L'épouse modèle, roman

Emma Chapman - L'épouse modèleLes premières phrases

«  Aujourd’hui, curieusement, je suis fumeuse.

Je ne savais pas que je l’étais. Du plus loin qu’il m’en souvienne, je n’ai jamais fumé auparavant.

Cela me semble peu naturel, assez étrange pour une femme de mon âge – épouse et mère d’un enfant déjà adulte – de se retrouver assise quelque part au beau milieu de la journée, une cigarette coincée entre les doigts. Hector déteste qu’on fume. Il lâche toujours un toussotement sec quand nous marchons derrière quelqu’un qui tient une cigarette, dans la rue, et j’imagine alors le raclement de ses cordes vocales humides et roses comme de la chair de poulet.

Je frotte la petite face blanche et ronde de ma montre. Midi quinze. D’ordinaire, à cette heure-ci, je m’affaire dans la cuisine. Il faut que je prépare le dîner pour le soir, le livre de recettes est là, ouvert, sur le pupitre qu’Hector m’a offert à l’occasion de l’un de nos premiers anniversaires de mariage. Il faut que je fasse du pain : mélanger les ingrédients dans un grand bol, pétrir la pâte sur le bois froid du plan de travail, la regarder lever dans le four. Hector aime avoir son pain frais, le matin. Fais de ton foyer un lieu de paix et d’ordre. »

Circonstances de lecture

J’avais juste envie de découvrir ce qui se cachait derrière ce titre. Et parce qu’il s’agit de la même maison d’édition que les romans de Donna Tartt.

Impressions

Encore un livre qui tient en haleine ! Une fois commencé, vous aurez bien du mal à lâcher ce roman d’Emma Chapman. L’histoire : Marta est une femme au foyer modèle. Elle fait tout pour son mari et son fils, prépare les repas, récure la maison du sol au plafond, car tout doit être parfait pour son époux, Hector, et sa belle-mère lorsqu’elle leur rend visite. Mais voilà, Marta a décidé d’arrêter de prendre son traitement… Ces petites pilules qu’elle avale tous les jours depuis des années. Elle commence alors à avoir des hallucinations… Sa maladie reprend-elle le dessus ? Devient-elle paranoïaque ? Ce qu’elle voit est-il purement le fruit de son imagination, de sa folie, ou est-ce des bribes de souvenirs bien réels ?

L’écriture d’Emma Chapman est envoûtante, percutante. J’ai beaucoup aimé ce livre. Seules les toutes dernières pages m’ont déçue…

Un passage parmi d’autres

 Quand je me retourne je vois une fille assise par terre, adossée au lit. Je laisse échapper un petit cri, mais elle ne semble pas me remarquer. Elle me fixe sans ciller de ses yeux gris, écarquillés et brillants. Elle est toute décoiffée : ses cheveux sont sales, presque gris bien que leurs pointes fourchues soient blondes. Elle porte un pyjama crasseux, ses bras fins entourent lâchement ses genoux osseux. Le lit est différent : plus bas, avec un cadre métallique et un mince matelas de mousse recouvert d’un drap blanc.

Une mèche de cheveux retombe sur son visage. Elle ne s’en aperçoit pas; je tends la main et l’écarte de son front. Elle lève la tête et me regarde droit dans les yeux.

« Aide-moi », supplie-t-elle.

Quand je fais un pas en avant, elle disparaît. Le lit est le même qu’avant. J’avance jusqu’à l’endroit où elle était assise, je me penche et je jette un coup d’œil sous le lit, mais je ne vois rien. Je me dis que j’ai imaginé tout cela. Ce n’est pas réel, me dis-je. Pourtant, j’entends encore le désespoir dans sa voix, je vois encore ses grands yeux gris. J’essaie de me souvenir si c’est ce qui est arrivé quand j’ai arrêté de prendre mes pilules, la dernière fois, mais je n’y parviens pas. La part de moi qui me surveille depuis l’extérieur est intriguée. Enfin, quelque chose se passe.

Emma Chapman – L’épouse modèle – 2014 (Feux croisés)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Le cœur du pélican – Cécile Coulon

21 samedi Fév 2015

Posted by Aurélie in Romans français

≈ 1 Commentaire

Étiquettes

Cécile Coulon, Critique de livre, Le coeur du pélican, roman, Viviane Hamy

Cécile Coulon - Le coeur du pélicanLes premières phrases

« Une chose est sûre, il ne suffit pas de savoir que quelqu’un ne reviendra pas pour cesser de l’attendre. Le reste n’a pas d’importance. Tout ce qui avait de l’importance n’a plus d’importance. C’est l’histoire d’un père, d’un mari, d’un frère. Ce père abandonne ses enfants, ce mari perd sa femme, sa soeur, son foyer, cet ami éloigne un par un ses amis. Il fait tout pour qu’on ne puisse pas le retenir. On ne peut pas convaincre quelqu’un qu’on ne voit plus. On ne peut pas convaincre quelqu’un qui ne vous écoute plus, qui ne vous a sans doute jamais écoutée.

Les tragédies familiales semblent toujours insignifiantes quand elles se jouent sur une autre scène que la vôtre. D’ailleurs, qu’est-ce que ça peut vous faire, ce chagrin ? Avec vos enfants, vos parents, vos cousins, vos oncles et vos tantes, persuadés que ça n’arrivera pas, puisque votre petit clan, votre minuscule tribu, avec ses membres du même sang, du même nom, se porte à merveille. Pourquoi ça vous arriverait ? Pourquoi ça m’est arrivé ? Ma bande était aussi parfaite, aussi tenace que la vôtre, sauf que personne n’a eu la gentillesse de me prévenir. Personne n’est venu me dire : fais attention, vingt ans à construire une famille, dix secondes pour qu’elle explose. »

Impressions

J’avais dévoré « Le Rire du grand blessé ». J’ai tout autant dévoré « Le cœur du Pélican », dernier roman de Cécile Coulon. L’auteur sait attraper son lecteur et le laisser, haletant, au bout de quelque 200 pages, comme s’il avait lui aussi couru derrière Anthime.

Anthime, ce héros qu’on déteste durant les premières pages. Il a abandonné sa femme, ses enfants. On l’apprend au tout début du roman. Joanna, sa femme, nous le fait détester d’emblée. Et puis arrive le témoignage d’Hélèna, la sœur d’Anthime qui nous glisse, comme en pleine confidence, « J’imagine qu’avant de venir me voir Joanna vous a parlé ; d’avance, sans un œil sur ses propos, je peux vous assurer qu’ils sont faux ». Anthime, on apprend petit à petit à le comprendre, à aimer l’enfant qu’il était, à sentir sa colère rentrée, à souffrir avec lui quand son rêve de devenir un athlète de haut niveau se brise soudain. 20 ans plus tard, après s’être contenté d’une vie de Français moyen, saura-t-il rattraper ses rêves ?

Si vous aimez courir, repousser vos limites, si vous aimez ces histoires d’hommes brisés comme sait si bien les décrire Olivier Adam, plongez-vous dans « Le cœur du pélican ».

Un passage parmi d’autres

 Lorsque j’ai lu les premiers articles sur son périple, j’ai pensé je ne suis pas la seule à m’être trompée. Même la présence d’Héléna, des fans, des journalistes ne pouvait l’empêcher d’aller au-delà des limites qu’un demi-dieu n’aurait su franchir. En partant labourer de ses pieds fragiles des kilomètres de terre battue, Anthime replongeait dans le passé, tel un enfant qui se tient, le corps humide, au bord d’une piscine et qu’une main vengeresse  vient pousser brusquement dans l’eau glacée. Anthime s’est arraché le cœur, le Pélican s’est arraché le cœur. Et pas seulement pour moi. Je vous l’ai dit, mais vous n’écoutez pas : le monde ne sera jamais assez vaste pour accueillir des hommes comme lui. Le monde ne comprendra jamais que les grands hommes ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n’abandonnent pas quand ils ont perdu.

Cécile Coulon – Le cœur du pélican – 2015 (Éditions Viviane Hamy)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Seul le silence – R.J. Ellory

14 samedi Fév 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Le Livre de Poche, Polar, R.J. Ellory, roman, Seul le silence, Thriller

R.J. Ellory - Seul le silenceLes premières phrases

«  Coups de feu, comme des os se cassant.

New York : sa clameur infinie, ses rythmes métalliques âpres et le martèlement des pas, staccato incessant ; ses métros et cireurs de chaussures, carrefours embouteillés et taxis jaunes ; ses querelles d’amoureux ; son histoire, sa passion, sa promesse et ses prières.

New York avala le bruit des coups de feu sans effort, comme s’il n’avait pas plus d’importance qu’un simple battement de cœur solitaire.

Personne ne l’entendit parmi une telle abondance de vie.

Peut-être à cause de tous les autres bruits.

Peut-être parce que personne n’écoutait.

Même la poussière, prise dans le clair de lune filtrant par la fenêtre du deuxième étage de l’hôtel, soudain déplacée sous l’effet des coups de feu, reprit son chemin errant mais régulier.

Rien ne s’était produit, car c’était New York, et de telles morts solitaires et insoupçonnées étaient légion, presque indigènes, brièvement remémorées, oubliées sans effort.

La ville continuait de vaquer à ses occupations. Un nouveau jour commencerait bientôt, et rien d’aussi insignifiant que la mort ne possédait le pouvoir de les différer.

C’était juste une vie, après tout ; ni plus, ni moins. »

Circonstances de lecture

Lu sur les conseils d’un ami.

Impressions

Il est rare qu’un thriller arrive à garder son suspens jusqu’à la toute fin du livre. Et pourtant, ici, R.J. Ellory parvient à tenir son lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages. Ce n’est que là que le criminel est démasqué.

J’ai beaucoup aimé ce polar, noir. Déjà, il est très bien écrit. Et puis l’histoire est belle, émouvante, touchante, noire et dure. On y suit Joseph, un enfant grandissant dans un petit village de Géorgie où des meurtres atroces de petites filles surviennent. La vie de Joseph en sera irrémédiablement bouleversée et intimement liée. L’écriture et l’histoire de R.J. Ellory m’ont scotchée du début à la fin. A lire pour tous les fans de polars et d’histoires glaçantes.

Un passage parmi d’autres

 Et il y a des moments dont je me souviens – principalement des jours d’été ; flous, chargés d’air et de lumière ; monsieur Tomczak traînant son gramophone Victrola dans la cour, les disques de Bakélite aussi lourds que des assiettes ; les adultes à moitié débraillés, et le fait que personne n’avait d’argent, et n’en aurait probablement jamais, n’avaient pas d’importance car l’amitié et le sens de la communauté étaient une richesse.

Les gosses dans les champs jouaient à s’attraper et à s’embrasser, quelqu’un avait une caisse de bière pour les pères, et quelqu’un d’autre préparait du jus de melon pour les femmes.

Ma mère portait une robe d’été, et un jour elle a dansé une valse avec mon père, qui arborait un sourire comme on arbore une médaille ; pour sa bravoure, sa fidélité, son amour.

Et les jours dont je me souviens sont partis. Ils se sont fondus en silence dans un passé indistinct. Pas seulement partis, mais oubliés. C’étaient des jours dont je pense qu’on ne les reverra jamais. Pas ici, pas à Augusta Falls. Ni nulle part ailleurs. Tout inondés d’un délire grisant de célébration spontanée, la célébration du simple fait d’être vivant. Et un bruit familier mais lointain – un match de base-ball à la radio, le claquement de capsules de Coca-Cola vert émeraude – et tout d’un coup le passé est là. En Technicolor et Sensurround : Cecil B.DeMille, King Vidor. Puis un silence bienvenu après un bruit infini.

Et transperçant ces souvenirs, telles des pointes de métal rouillées, il y avait d’autres souvenirs…

Les petites filles.

Toujours les petites filles.

Des petites filles comme Alice Ruth Van Horne, que j’avais aimée comme seul un enfant peut aimer – simplement, silencieusement, parfaitement.

Leurs vies comme des tortillons de papier humide, fermement tirebouchonnés puis jetés au loin.

R.J. Ellory – Seul le silence – 2005 (Le Livre de Poche)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Kafka sur le rivage – Haruki Murakami

08 dimanche Fév 2015

Posted by Aurélie in Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, Editions 10/18, Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, roman

Haruki Murakami - Kafka sur le rivageLes premières phrases

«  – Et pour l’argent, ça s’est arrangé ? demande le garçon nommé Corbeau.

Il parle de sa façon habituelle, un peu lente. Comme quelqu’un qui sort à peine d’un profond sommeil et ne peut remuer ses lèvres tant elles sont engourdies. Mais ce n’est qu’une apparence: en réalité, il est parfaitement lucide. Comme toujours.

Je hoche la tête.

– Tu as combien à peu près ?

Je lui réponds après avoir à nouveau passé les chiffres en revue dans ma tête :

– Environ quatre cent mille en liquide. Sans compter une petite somme que je pourrai retirer avec ma carte bancaire. Ça ne suffira peut-être pas mais c’est un bon début.

– Ce n’est pas mal, dit le garçon nommé Corbeau. C’est un  bon début.

Je hoche la tête.

– J’imagine que ce ne sont pas les étrennes du père Noël, poursuit-il.

– Non.

Le garçon nommé Corbeau regarde autour de lui, les lèvres tordues par un sourire narquois.

– Cet argent sort du tiroir d’une personne qui vit dans les parages, c’est exact ?

Je ne réponds pas. Il sait parfaitement d’où vient cet argent. Il n’y a pas lieu de poser des questions détournées. Il le fait juste pour m’asticoter.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais depuis longtemps envie de plonger dans ce Murakami.

Impressions

Haruki Murakami est de ces auteurs dont j’achète les romans les yeux fermés, sans même regarder de quoi ils parlent. J’aime son écriture, son style, sa manière subtile de jongler dans ses histoires entre la réalité et l’imaginaire. « Kafka sur le rivage » ne déroge pas à la règle. Son héros, Kafka Tamura, est un adolescent qui décide de fuguer. Il fuit la maison familiale pour essayer de briser une mystérieuse malédiction. En parallèle, nous suivons un vieux monsieur, Nakata, faible d’esprit depuis un événement survenu dans son enfance, obligé également de fuir… Ici, Haruki Murakami nous plonge dans l’Histoire (la seconde guerre mondiale), dans le mythe d’Oedipe, dans un monde fantastique où un homme parle aux chats et où des poissons tombent du ciel, dans une forêt et une bibliothèque à l’attrait irrésistible. On prend plaisir à se perdre dans ce monde à la frontière du réel et du fantastique. Un grand Murakami. Envoûtant.

Un passage parmi d’autres

 Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses, déclare-t-il quand la sonnerie a enfin cessé de retentir. Des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu’on ne pourra pas retrouver. C’est cela aussi, vivre. Mais à l’intérieur de notre esprit – je crois que c’est à l’intérieur de notre esprit -, il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j’imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaître précisément ce qu’il y a dans nos cœurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l’aérer, changer l’eau des fleurs. En d’autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque.

Haruki Murakami – Kafka sur le rivage – 2003 (Éditions 10/18)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

The Maze Runner – James Dashner

29 lundi Déc 2014

Posted by Aurélie in En VO, Romans étrangers, SF

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Chicken House, Critique de livre, James Dashner, roman, The Maze Runner

James Dashner - The Maze RunnerLes premières phrases

«  He began his new life standing up, surrounded by cold darkness and stale, dusty air.

Metal ground against metal; a lurching shudder shook the floor beneath him. He fell down at the sudden movement and shuffled backwards on his hands and feet, drops of sweat beading on his forehead despite the cool air. His back struck a hard metal wall; he slid along it until he hit the corner of the room. Sinking to the floor, he pulled his legs up tight against his body, hoping his eyes would soon adjust to the darkness.

With another jolt, the room jerked upwards like an old lift in a mine shaft.

Harsh sounds of chains and pulleys, like the workings of an ancient steel factory, echoed through the room, bouncing off the walls with a hollow, tinny whine. The lightless lift swayed back and forth as it ascended, turning the boy’s stomach sour with nausea; a smell like burnt oil invaded his senses, making him feel worse. He wanted to cry, but no tears came; he could only sit there, alone, waiting.

My name is Thomas, he thought.

That… that was the only thing he could remember about his life. »

Circonstances de lecture

Une trilogie lue après avoir vu le premier volet au cinéma.

Impressions

Une trilogie dévorée en trois semaines. Si vous avez aimé « Divergent » de Veronica Roth, vous devriez également accrocher avec cette trilogie de James Dashner. Imaginez-vous vous réveiller dans un ascenseur puis émerger au beau milieu d’un labyrinthe. Vous ne vous souvenez de rien, à part votre prénom… Entouré d’un groupe d’adolescents, vous n’avez qu’une obsession : trouver la sortie du labyrinthe et comprendre pourquoi vous y avez été enfermé. Intrigant, non ?

J’ai lu avec plaisir cette trilogie… Mais malheureusement, si James Dashner arrive à tenir son lecteur en haleine, passé le premier tome, l’univers se fait moins mystérieux et tombe dans une histoire bien classique… Dommage, car l’idée de départ était vraiment intéressante.

Un passage parmi d’autres

 « I want to be one of those guys that goes out there, » he said aloud, not knowing if Chuck was still awake. « Inside the Maze. »

« Huh? » was the response from Chuck. Thomas could hear a tinge of annoyance in his voice.

« Runners, » Thomas said, whishing he knew where this was coming from. « Whatever they’re doing out there, I want in. »

« You don’t even know what you’re talking about, » Chuck grumbled, and rolled over. « Go to sleep. »

Thomas felt a new surge of confidence, even though he truly didn’t know what he was talking about. « I want to be a Runner. »

Chuck turned back and got up on his elbow. « You can forget that little thought right now. »

Thomas wondererd at Chuck’s reaction, but pressed on. « Don’t try to… »

« Thomas. Newbie. My new friend. Forget it. »

« I’ll tell Alby tomorrow. » A Runner, Thomas thought. I don’t even know what that means. Have I gone completely insane?

Chuck lay down with a laugh. « You’re a piece of klunk. Go to sleep. »

But Thomas couldn’t quit. « Something out there – it feels familiar. »

« Go…to…sleep. »

Then it hit Thomas – he felt like several pieces of a puzzle had been put together. He didn’t know what the ultimate picture would be, but his next words almost felt like they were coming from someone else. « Chuck, I… I think I’ve been here before. »

He heard his friend sit up, heard the intake of breath. But Thomas rolled over and refused to say another word, worried he’d mess up this new sense of being encouraged, eradicate the reassuring calm that filled his heart.

Sleep came much more easily than he’d expected.

James Dashner – The Maze Runner – 2010 (Chicken House)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Petit éloge de la fuite hors du monde – Rémy Oudghiri

29 samedi Nov 2014

Posted by Aurélie in Essais

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Arléa, Critique de livre, essai, Petit éloge de la fuite hors du monde, Rémy Oudghiri, roman

Rémy Oudghiri - Petit éloge de la fuite hors du mondeLes premières phrases

«  Dans sa préface à Sésame et les Lys de John Ruskin, publiée en 1906, Proust commence son inoubliable éloge de la lecture en soulignant ce paradoxe : au cours de notre enfance, les moments que nous passions à lire dans notre coin, à l’insu des autres, semblaient nous soustraire aux aléas de la vie quotidienne et nous exiler loin du monde réel, et cependant, parvenus à l’âge adulte, nous prenons conscience que ces instants étaient peut-être ce que nous avons vécu de plus vrai et de plus accompli dans toute notre existence.

Il en est de la lecture comme de certaines formes de retrait. Ce que nous croyons perdre, nous le gagnons ; ce que nous pensons éviter, nous nous en approchons ; ce que nous paraissons quitter, nous l’atteignons. Et, parfois, cette sortie apparente marque en réalité notre entrée dans un monde que nous n’osions plus espérer tant nous y avions projeté de nos rêves et de nos aspirations les plus intimes.

Derrière ce paradoxe se cache le charme singulier de la fuite hors du monde. Ce charme, il appartient à chacun de le connaître. Qui n’a jamais ressenti au moins une fois dans sa vie l’envie pressante de fuir le monde ? Qui n’a, dans un moment d’égarement ou de découragement, rêvé de tout quitter, sortir du jeu ou disparaître ?  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est la suite du premier essai de Rémy Oughiri, « Déconnectez-vous!« .

Impressions

Après la déconnexion, voilà que Rémy Oudghiri nous propose un petit éloge de la fuite. Un thème qu’il aborde à travers ses lectures. Pétrarque, Rousseau, Tolstoï, Flaubert, ou encore Le Clézio, Pascal Quignard et Jon Krakauer (Into the wild) viennent appuyer sa thèse selon laquelle la fuite hors du monde peut être salvatrice, et est, paradoxalement aussi, une façon d’y entrer vraiment et d’être en accord avec soi-même.

Si vous aimez – tout comme moi  – vous évader dans les livres, vous ne pourrez qu’apprécier cet essai. Fuir la société, fuir le monde, fuir les faux-semblants, fuir l’hypocrisie, mais surtout, fuir pour mieux se connaître et se réaliser pleinement. Fuir pour être, tout simplement ! Vive la fuite ! Vive la lecture ! « Petit éloge de la fuite hors du monde » est un livre à mettre entre  les mains de tous les amoureux de la lecture.

Un passage parmi d’autres

 Quelque chose se met en mouvement. Les circonstances peuvent être très banales. Un rayon de soleil nous effleure le visage, une réflexion d’un proche anime un ressort enfoui au fond de nous, un silence dans l’hiver soudainement nous saisit. Quelque chose vient de commencer. Il nous prend l’envie de sortir et de laisser tout derrière nous : travail, famille, enfants, obligations diverses. Les minutes passent et, peu à peu, nous prenons conscience que nous sommes en quête d’une autre vie. Il y a des jours – très rares dans l’existence d’un individu – où celle-ci semble lui faire signe, elle l’appelle ; mieux : elle le saisit au corps et dévoile en lui une énergie intérieure qu’il ne soupçonnait pas. La plupart des gens se contentent le plus souvent de se laisser bercer par cet appel, d’entrevoir la douceur du monde promis, d’en savourer les couleurs, les éclats, la chaleur, les bontés. Mais c’est tout. Rien ne se passe au-delà de ce sursaut imaginaire créé en eux. Chacun vit une petite fugue par procuration. Et chacun continue comme avant, ou presque.

Rémy Oudghiri – Petit éloge de la fuite hors du monde – 2014 (Arléa)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Le Complexe d’Eden Bellwether – Benjamin Wood

22 samedi Nov 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Benjamin Wood, Critique de livre, Le Complexe d'Eden Bellwether, roman, Zulma

Benjamin Wood - Le Complexe d'Eden BellwetherLes premières phrases

«  Il y eut soudain le hurlement des sirènes, un nuage de poussière au bout de l’allée, et bientôt la pénombre du jardin fut inondée par la lumière bleue des gyrophares. C’est seulement au moment d’indiquer aux ambulanciers où se trouvaient les corps que tout leur parut réel. Il y en avait un dans la maison à l’étage, un autre dans l’ancienne chapelle, et aussi au fond du jardin. Celui-là respirait encore, mais faiblement. Il était sur la berge, dans un nid de joncs couchés, l’eau froide clapotant à ses pieds. Quand les ambulanciers demandèrent son nom, ils répondirent Eden. Eden Bellwether.

L’ambulance avait mis longtemps à arriver. Ils s’étaient réunis sur la terrasse à l’arrière du presbytère pour réfléchir, avant de céder à la panique, sans pouvoir détacher le regard des vieux ormes et cerisiers qu’ils avaient contemplés des centaines de fois en écoutant le bruit du vent dans les branches. Ils se sentaient tous responsables de ce qui s’était passé. Chacun se le reprochait. Ils s’étaient même disputés pour savoir qui était le principal responsable, qui devait se sentir le plus coupable. Oscar fut le seul à ne rien dire. Adossé au mur, il fumait, tandis que les autres se chamaillaient. Lorsqu’il finit par prendre la parole, sa voix était si calme qu’elle les avaient réduits au silence.

« C’est terminé maintenant, avait-il dit en écrasant sa cigarette sur la rambarde. On n’y changera plus rien. » »

Circonstances de lecture

J’en avais lu beaucoup de bien.

Impressions

Je l’avoue : les premières pages de ce livre m’ont passablement énervée. Rien que les deux premières pages du prélude ressemblent énormément aux premières pages du roman « Le Maître des illusions » de Donna Tartt. La trame de départ de l’histoire est également très ressemblante. Un jeune homme d’origine modeste entre petit à petit dans le cercle fermé d’un groupe de jeunes gens bien nés, dont un à la personnalité et à l’intelligence détonantes. Bref, ayant lu il y a peu le superbe roman de Donna Tartt, je n’arrêtais pas de faire un parallèle entre ces deux histoires… Heureusement, Benjamin Wood écrit bien – très bien même. Heureusement, son roman se lit vite, tant la tension monte au fil des pages. On n’a qu’une envie : aller jusqu’au bout pour connaître la fin. Alors, même si les ressemblances avec « Le Maître des illusions » sont indéniables, même si l’on devine assez vite comment l’histoire va s’achever, j’ai aimé lire ce livre.

En revanche, M. Wood, s’il vous plaît, ayez un peu plus d’imagination dans votre prochain roman. Détachez-vous de vos lectures et imaginez un univers bien à vous.

Un passage parmi d’autres

 Au cours des six derniers mois, il avait lu des romans de Graham Greene, de Herman Hesse, toutes les nouvelles de Gianni Celati, Katherine Mansfield, Frank O’Connor, Alexandre Soljenitsyne, et des essais de George Orwell. Dire qu’il avait presque oublié combien il aimait lire, cette cadence particulière des mots quand les yeux passent dessus. Ses parents étaient du genre à avoir une bibliothèque, mais sans aucun livre. Ils ne comprenaient pas le plaisir de la lecture et n’avaient jamais considéré qu’il faille l’encourager. Pour eux, les livres étaient facultatifs, un truc que des professeurs de lettres débraillés imposaient aux enfants à l’école. Oscar avait été élevé dans l’idée que s’il restait dans sa chambre plongé dans des histoires et des mondes imaginaires, c’était qu’il n’appréciait pas la vie qui était la sienne, tout ce pour quoi ses parents avaient travaillé dur, comme la télé, le magnétoscope et le jardin fraîchement engazonné. Quand il le voyait lire, son père lui demandait si ça allait, s’il se sentait bien, et ce qu’était devenu cet ami venu un jour prendre le thé. Dans le lotissement de ses parents, à Watford, la vie était plus simple si on ne lisait pas. Alors il s’était efforcé de ne pas en avoir envie.

Mais depuis que le Dr Paulsen l’avait invité à piocher dans sa bibliothèque l’année précédente – « Choisis-en un. N’importe lequel. Je ne te donnerai pas de conseil » -, Oscar avait peu à peu retrouvé les joies de la lecture.

Benjamin Wood – Le Complexe d’Eden Bellwether – 2014 (Zulma)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…

Le génie des coïncidences – J.W. Ironmonger

15 samedi Nov 2014

Posted by Aurélie in Romans étrangers

≈ Poster un commentaire

Étiquettes

Critique de livre, J.W. Ironmonger, Le génie des coïncidences, roman, Stock

J.W. Ironmonger - Le génie des coïncidencesLes premières phrases

«  La fillette d’à peine trois ans à laquelle on donna le nom d’Azalea Ives fut trouvée un soir de solstice d’été, seule et perdue, sur un champ de foire du Devon. A cette heure déjà tardive, un enfant de son âge aurait dû être sagement bordé dans son lit. Le responsable des lieux garda la fillette dans sa caravane pendant une heure, et même un peu plus, le temps de diffuser des appels par haut-parleur. Le champ de foire accueillait une fête foraine itinérante, alors entre les cris stridents des adolescents, les ferraillements fracassants des montagnes russes, les rugissements du waltzer, les braillements des marchands ambulants et bonimenteurs et le martèlement des basses saturées, on comprend aisément que ces annonces publiques soient passées inaperçues. A 22 heures, le vacarme s’était tu, la plupart des bambocheurs s’étaient dispersés dans la nuit, et personne ne s’était présenté pour réclamer la petite fille. Une voiture de police arriva de Torquay et deux agents, deux grands gaillards qui ne savaient pas vraiment s’y prendre avec les très jeunes enfants, firent de leur mieux pour communiquer avec la fillette. Ils lui demandèrent son nom, l’un des policiers nota scrupuleusement sa réponse – « Azalea Ives » -, et c’est ainsi qu’on l’appela à compter de ce jour.  »

Circonstances de lecture

Un livre choisi grâce à son titre.

Impressions

Quand un maître de conférences, expert dans l’art de démonter les coïncidences,  rencontre une jeune femme affirmant que sa vie est régie par toute une série de coïncidences depuis son enfance, cela donne une bien belle histoire. Les thèmes du hasard, du destin et des coïncidences sont ici explorés par J.W. Ironmonger, nous faisant voyager des confins de l’Ile de Man, à Londres en passant par l’Ouganda. Un livre qui se lit avec plaisir.

Un passage parmi d’autres

 « Il semblerait que je sois accablée par les coïncidences, professeur Post.

– Accablée ?

– Accablée. Harassée. Maudite. Rongée. Choisissez le mot qui vous convient. On dirait qu’elles me poursuivent, ou qu’elles infectent ma vie. Je ne sais pas trop comment l’expliquer. J’espérais que, peut-être, vous pourriez m’aider. »

Thomas haussa les sourcils. « Vous aider ? Mais comment ?

– Pas concrètement, j’imagine. Je ne suis pas à la recherche d’un exorciste. Je n’attends pas que vous enfourchiez un destrier blanc pour donner la charge aux forces de la nature.

– Dommage, dit Thomas. Le destrier blanc, ça me plaît bien.

– Ça ne vous irait pas, trancha Azalea en balayant le fantasme. J’espérais que vous seriez en mesure de m’aider à les comprendre. A leur trouver un sens.

– Je vois. Et maintenant, j’imagine, vous allez ajouter cette rencontre à la liste de vos étranges coïncidences ? »

Azalea hocha la tête. « Je crois qu’elle m’a moins stupéfiée que vous. Je commence à m’habituer aux surprises que l’univers fait surgir sur ma route.

– Cela vous aiderait-il si je vous expliquais pourquoi les coïncidences surviennent ? Pourquoi nous, frêles humains, sommes enclins à déceler des schémas dans la nature ?

– Oui, cela pourrait m’aider.

– Je ne suis pas psychanalyste.

– Je n’ai pas besoin d’un psy. Je ne suis pas en train de perdre la raison, professeur Post.

– Parfait. »

J.W. Ironmonger – Le génie des coïncidences – 2014 (Stock)

Partager :

  • Partager sur X(ouvre dans une nouvelle fenêtre) X
  • Partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Facebook
  • Partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre) LinkedIn
  • Partager sur Pinterest(ouvre dans une nouvelle fenêtre) Pinterest
J’aime chargement…
← Articles Précédents
Articles Plus Récents →

Catégories

  • BD
  • Citations
  • En image
  • En vidéo
  • En VO
  • Essais
  • Fantastique
  • Fantasy
  • Grands classiques
  • Jeunesse
  • Mangas
  • Poésie
  • Policiers / Thrillers
  • Romans étrangers
  • Romans français
  • SF
  • Sondages

Articles récents

  • Trois nuits – Stéphane Arnier
  • Submergée – Arula Ratnakar
  • Je pleure encore la beauté du monde – Charlotte McConaghy
  • Les sœurs démentes d’Esi – Tashan Mehta
  • L’orage qui vient – Louise Mey

Archives

En train de lire

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et recevoir des notifications à chaque publication de nouveaux posts par mail.

Mes réseaux sociaux

  • Voir le profil de aurecha22 sur Instagram

En train de lire

Jonathan Strange et Mr Norrell

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Confidentialité & Cookies : Ce site utilise des cookies. En continuant à utiliser ce site, vous acceptez leur utilisation.
Pour en savoir davantage, y compris comment contrôler les cookies, voir : Politique relative aux cookies
  • S'abonner Abonné
    • Love In Books
    • Rejoignez 175 autres abonnés
    • Vous disposez déjà dʼun compte WordPress ? Connectez-vous maintenant.
    • Love In Books
    • S'abonner Abonné
    • S’inscrire
    • Connexion
    • Signaler ce contenu
    • Voir le site dans le Lecteur
    • Gérer les abonnements
    • Réduire cette barre
 

Chargement des commentaires…
 

    %d