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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans français

Songe à la douceur – Clémentine Beauvais

19 mardi Déc 2017

Posted by Aurélie in Jeunesse, Romans français

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Clémentine Beauvais, Critique de livre, Editions Sarbacane, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, roman, Sarbacane, Songe à la douceur

Les premières phrases

«  Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,

parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments

il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard,

sous terre,

dans le Meteor, ligne 14 (violet clair), un matin d’hiver.  »

Circonstances de lecture

Parce que ce livre m’a été offert en cadeau d’anniversaire.

Impressions

Que dire sur « Songe à la douceur » ? Comment le résumer ? Commencé un soir, terminé le jour suivant… c’est un véritable coup de cœur… Écrite en vers libres, cette libre adaptation du roman « Eugène Onéguine » d’Alexandre Pouchkine m’a littéralement transportée aux côtés d’Eugène et Tatiana. Clémentine Beauvais sait trouver les mots pour faire sourire, rire et frissonner tout au long de cette histoire d’amour, à la fois si ordinaire et si belle. J’ai du mal à trouver les mots pour décrire ce roman et ce que j’ai éprouvé en le lisant… On a tous envie après ça de s’ennuyer ensemble, avec la personne qu’on aime… Et aussi de lire la version originale d’Alexandre Pouchkine.

Un passage parmi d’autres

 La porte du jardin pirouette,

et te voilà avec Lensky.

En attendant que ça arrive, je suis distraite.

J’ai du mal à me concentrer.

Je patiente,

mais quand on patiente, on ne fait que frôler la réalité.

Ça fait plusieurs semaines que je la frôle sans la toucher,

attendant que la porte du jardin m’y projette.

C’est bête

mais c’est seulement quand tu es là que j’ai l’impression

d’être là où je dois être.

Le reste du temps, je suis comme quelqu’un à la fenêtre

qui se regarderait vivre dehors

et qui aurait l’impression que ça arrive

à quelqu’un d’autre.

 

Clémentine Beauvais – Songe à la douceur – août 2016 (Sarbacane)

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Neverland – Timothée de Fombelle

06 mercredi Sep 2017

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, idées de lecture, L'iconoclaste, lecture, Livre, Neverland, quoi lire, rentrée littéraire, rentrée littéraire 2017, roman, Timothée de Fombelle

Les premières phrases

«  Il y a dans les hauts territoires de l’enfance, derrière les torrents, les ronces, les forêts, après les granges brûlantes et les longs couloirs de parquet, certains chemins qui s’aventurent plus loin vers le bord du royaume, longent les falaises ou le grillage et laissent voir une plaine tout en bas, c’est le pays des lendemains : le pays adulte.

Les enfants qui vont près de cette lisière, au milieu des herbes plus hautes que leurs épaules, surprennent parfois en-dessous d’eux, dans le fond de la plaine, la mort ou des amoureux, par accident. Ces apparitions ressemblent à des éclats de verre au soleil. Elles éblouissent et disparaissent aussitôt, cachées par des nuages bas.

En retournant vers la forêt profonde avec leurs arcs et leurs flèches, les enfants croient oublier cette vision. Mais elle a semé en eux un noyau de cerise qui grandit déjà à l’intérieur.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais adoré « Le Livre de Perle » du même auteur.

Impressions

« Neverland » est le premier roman dit « adulte » de Timothée de Fombelle (mais à vrai dire, ses livres jeunesse conviennent également très bien aux adultes !). « Neverland » est un véritable enchantement. Un gros coup de cœur de cette rentrée littéraire plutôt rébarbative. Timothée de Fombelle nous entraîne ici dans un voyage plein de poésie sur les traces de son enfance perdue. Il nous donne à lire un texte onirique, tout simplement magnifique. A lire d’une traite (il ne fait qu’une centaine de pages), comme un poème ! Magique.

Un passage parmi d’autres

 Il me semble seulement qu’un matin on se réveille adulte dans le regard des autres. On hésite un instant. On ne se sent ni préparé ni volontaire pour le voyage. Mais il y a ce regard, en face, qui nous considère, et puis cette aspiration lointaine, le vent de la plaine que l’on sent pour la première fois sous sa chemise et un petit tas de noyaux de cerises au fond de nous, qui fait un peu mal.

Ce qui nous attend est déjà là, en pièces détachées. Alors on fait semblant. Cela commence toujours ainsi. On fait semblant d’être grand. Et, dans le meilleur des cas, je crois, on fera semblant toute sa vie.

Timothée de Fombelle – Neverland – août 2017 (L’iconoclaste)

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Quand sort la recluse – Fred Vargas

22 jeudi Juin 2017

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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conseils de lecture, Critique de livre, Flammarion, Fred Vargas, idées de lecture, Livres, Quand sort la recluse, quoi lire, Temps glaciaires

Les premières phrases

«  Adamsberg, assis sur un rocher de la jetée du port, regardait les marins de Grimsey rentrer de la pêche quotidienne, amarrer, soulever les filets. Ici, sur cette petite île islandaise, on l’appelait « Berg ». Vent du large, onze degrés, soleil brouillé et puanteur de déchets de poisson. Il avait oublié qu’il y a un temps, il était commissaire, à la tête des vingt-sept agents de la Brigade criminelle de Paris, 13e arrondissement. Son téléphone était tombé dans les excréments d’une brebis et la bête l’y avait enfoncé d’un coup de sabot précis, sans agressivité. Ce qui était une manière inédite de perdre son portable, et Adamsberg l’avait appréciée à sa juste valeur.  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est Fred Vargas.

Impressions

Après « Temps glaciaires » que j’avais beaucoup aimé, revoici Fred Vargas avec son dernier polar. Si « Quand sort la recluse » ne m’a pas autant emballée que le précédent, je l’ai tout de même lu avec plaisir. Lorsque des vieillards meurent après avoir été mordus par des araignées recluses, Adamsberg a des doutes… et commence à enquêter, en dépit du désaccord de Danglard. Un polar bien prenant, parfait pour les vacances d’été. J’ai particulièrement apprécié les relations entre Adamsberg et tous ses collègues du commissariat. C’est à chaque fois comme si on retrouvait une petite famille.

Un passage parmi d’autres

– Trois morts, c’est exact. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.

– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. Ce pourquoi j’ai rendez-vous dès demain avec un spécialiste des araignées, je ne sais plus comment cela s’appelle, un araignologue, un arachonologue, peu importe, au Muséum d’histoire naturelle.

– Je ne veux pas y croire, dit Danglard, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais dans quelles brumes avez-vous donc perdu la vue ?

– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. J’y vois même mieux qu’ailleurs. Je vais donc être net, Danglard. Je ne crois pas à une multiplication des recluses. Je ne crois pas à une mutation de leur venin, si grande et si subite. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.

Il y eut un silence avant que Danglard, stupéfait, ne reprenne. Les grandes mains d’Adamsberg n’avaient pas bougé, fermement appliquées sur le bois de la table.

– Assassinés, répéta Danglard. Par des recluses ?

Adamsberg prit un temps avant de répondre. Ses mains quittèrent la table et dansèrent un peu dans l’air.

– En quelque sorte, oui.

Fred Vargas – Quand sort la recluse – mai 2017 (Flammarion)

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Trois saisons d’orage – Cécile Coulon

26 jeudi Jan 2017

Posted by Aurélie in Romans français

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Cécile Coulon, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, quoi lire, roman, Trois saisons d'orage, Viviane Hamy

Trois saisons d'orage - Cécile CoulonLes premières phrases

«  La maison, ou ce qu’il en reste, surplombe la vallée ; ses fenêtres, quatre grands yeux vides, veillent, à l’est du massif des Trois-Gueules.

Les Fontaines, ce village minuscule, tachent le paysage, morceau de craie dérivant au cœur d’une mer végétale et calcaire. La forêt crache les hommes comme des pépins, les bois bruissent, des traînées de brume couronnent leurs faîtes au lever du soleil, la lumière les habille. A l’automne, des vents furieux secouent les arbres. Les racines émergent alors du sol, les cimes retournent à la poussière, le sable, les branches et la boue séchée  s’enlacent en tourbillons au-dessus des toits. Les fourmis s’abritent dans le ventre des collines, les renards trouent le sol, les cerfs s’enfuient ; les corbeaux, eux, résistent toujours à la violence des éléments.

Les hommes, pourtant, estiment pouvoir dominer la nature, discipliner ses turbulences, ils pensent la connaître. Ils s’y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible excès d’orgueil, qu’elle était là avant eux, qu’elle ne leur appartient pas, mais qu’ils lui appartiennent. Elle peut les broyer à la seule force de sa respiration, elle n’a qu’à frémir pour qu’ils disparaissent.  »

Circonstances de lecture

Parce que c’est le dernier Cécile Coulon, et que j’avais beaucoup aimé « Le Cœur du Pélican ».

Impressions

Cécile Coulon fait partie de ces écrivains dont j’achète dorénavant les romans les yeux fermés. Parce que j’aime sa plume, son style, la puissance des mots qu’elle couche sur le papier. Ici, Cécile Coulon nous entraîne dans un petit village coincé au milieu des falaises, à la découverte de deux familles : une famille du coin, des paysans, et une famille venue de la ville, une famille de médecins. On va suivre leur destin sur plusieurs générations, un destin rythmé par le travail de la terre, la puissance de la nature, la Force qui régit les lieux, les progrès de la médecine, l’opposition de la ville et de la campagne. Un roman puissant sur ce qui pousse chacun à décider du chemin à suivre, malgré les conventions et les désirs contraires. Une très belle histoire d’amour, aussi.

Un passage parmi d’autres

 Benedict et son père étaient des hommes fabuleux, des gens doux et honnêtes qui protégeaient leur famille, ils ne leur venaient pas à l’idée de sortir d’ici ; descendre dans les Trois-Gueules, passer de l’autre côté, et rouler loin, longtemps. Ils ne voulaient pas voyager. Mais elle, avec ces livres qu’elle recevait, ces histoires, ces découvertes, ces paysages qu’elle décrivait, elle faisait trois fois le tour de la terre, assise sur sa chaise, devant sa grande table de bois, elle bourlinguait à toute vitesse, son esprit affûté formait des souvenirs de lieux où elle n’irait jamais, et parfois, la nuit, quand le sommeil ne venait pas, Agnès était prise d’une nostalgie terrible des lieux qu’elle n’avait pas connus. Quand elle abordait le sujet, Benedict ne lui laissait pas le temps de finir sa phrase :

– Cet endroit, c’est le paradis.

Agnès se repliait un peu plus en elle-même, et, d’une voix moins douce qu’avant, répondait :

– Oui, mais on s’ennuie vite, au paradis.

 

Cécile Coulon – Trois saisons d’orage – janvier 2017 (Viviane Hamy)

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La mort nomade – Ian Manook

17 lundi Oct 2016

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Albin Michel, Critique de livre, Ian Manook, idées de lecture, La mort nomade, lecture, Livre, quoi lire, roman, Yeruldelgger

ian-manook-la-mort-nomadeLes premières phrases

«  Le petit combi russe bleu tout-terrain crapahutait, en équilibre instable, vers la ligne de crête. En dodelinant dangereusement, sa carcasse peinturlurée écrasait sous ses pneus ramollis des cailloux chauds qui fusaient en cognant sous le châssis. La pente et les soubresauts décidaient de sa trajectoire plus que les efforts du chauffeur, cramponné de ses mains d’ogre au fin volant de bakélite ivoire.

– On va finir par verser et rouler jusque dans la vallée si tu continues comme ça. Et c’est moi qui suis à la place du mort.

Al éclaboussait de Chinggis tiède son T-shirt Yes We Khan à chaque couinement des ressorts à lame de la suspension malmenée.

– Si on verse, tout le monde meurt, philosopha Zorig, son corps de géant voûté pour tenir dans l’habitacle, les genoux dans le volant et la tête contre le pare-brise. Mais ça n’arrivera pas. Ces engins-là c’est comme des tiques. Ça suce la route et ça ne la lâche plus.

– Sauf le jour où tu nous as fait basculer dans le lac Airag, au sud de Khyargas, rappela Naaran, cramponné au skaï de la banquette arrière, la tête cognant contre la tôle de métal brut.   »

Circonstances de lecture

Parce que je suis fan de Yeruldelgger !

Impressions

Après les deux premiers tomes de la saga Yeruldelgger, voilà le chapitre final autour de ce flic peu conventionnel. Un troisième tome qui clôture en toute beauté ce polar de Ian Manook. Yeruldelgger ne fait ici plus partie de la police d’Oulan-Bator. Il vit reclus en pleine steppe, dans une yourte reculée, afin de contenir sa violence intérieure et  renouer avec ses racines. Mais comme on pouvait s’y attendre, sa retraite va être bousculée par l’arrivée de deux femmes à la recherche de son aide. Et il va replonger malgré lui dans un monde d’une rare violence.

On retrouve dans ce dernier volet la même patte qui m’avait tant plu dans les deux premiers tomes (en particulier le premier), ce tiraillement d’un pays entre ses traditions, ses paysages magnifiques, et le progrès, souillant ses terres par la soif du pouvoir et de l’argent. La Mongolie à l’état brut.

Un passage parmi d’autres

 -Tais-toi ! s’emporta Yeruldelgger en effrayant son cheval qu’il dut retenir par la bride. Je ne veux plus entendre parler de combat. Regarde où me battre m’a mené.

– Parce que ne pas te battre t’aurait mené ailleurs ?

– Peut-être bien. Peut-être que j’étais fait pour rester nomade et ne pas me battre. Apprendre à subir, à résister, à endurer, et ne jamais me battre. Tout ton art au contraire m’a poussé dans la colère et la violence, alors ne viens pas pleurer à mes côtés maintenant que ça m’a coûté ce qui me restait de vie.

Puis il garda le silence jusqu’à ce que le spectre de Nerguii disparaisse. Ne resta alors que la tiédeur d’une steppe d’émeraude au pied de la colline. La fraîcheur blanche d’une rivière scintillante emmêlant ses rubans autour de lourdes touffes de roseaux argentés. Un horizon dentelé à l’est de crêtes bleues et crantées, et lissé à l’ouest par la houle irisée d’une prairie échevelée. Quelques chevaux à la crinière blonde, avec le monde entier pour pâture. Et au nord, un ciel qui se chargeait des rouleaux mauves d’un orage électrique.

Ian Manook – La mort nomade – octobre 2016 (Albin Michel)

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L’absente – Lionel Duroy

25 jeudi Août 2016

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, Echapper, idées de lecture, Julliard, L'absente, lecture, Lionel Duroy, Livre, quoi lire, roman

Lionel Duroy - L'absenteLes premières phrases

«  Il ne souffre plus, soudain. Il est bien. Il contemple les sombres vallonnements de la Meuse sous le ciel orageux de cette fin d’été et peut-être même sourit-il. Pour un peu, il s’arrêterait au bord de la nationale, il chercherait sa Traviata dans l’amoncellement de ses affaires et il glisserait le CD dans le lecteur. Il allumerait une cigarette. Où pouvait-elle être, sa Traviata ? Pendant que les déménageurs vidaient la maison, lui avait entassé ses affaires les plus précieuses dans le coffre de la Peugeot, puis sur la banquette arrière. Aussi bien elle était au fond du coffre, avec le contenu de ses tiroirs de bureau et mieux valait racheter le CD qu’espérer remettre la main dessus. Tiens, voilà, en entrant dans Verdun, c’est la première chose qu’il ferait : se racheter La Traviata. Quelle idée stupide il avait eue de partir pour la Bretagne le premier jour… Il avait dormi sur une aire de repos pour camionneurs, du côté de Fougères, plutôt bien dormi d’ailleurs, tandis qu’un autre dans la même situation n’aurait fait qu’arpenter nerveusement le bitume, c’était certain. Oui, mais c’est qu’il avait l’espoir qu’en Bretagne il allait retrouver quelque chose de son enfance qui l’attacherait, qui ferait qu’à cet endroit il aurait du plaisir à se tenir, nourri de ce souvenir. C’était venu au moment de quitter la maison, comme il se demandait vers où se diriger – une image fugace et douce qui l’avait engagé à prendre la direction de la Bretagne.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé son précédent roman Echapper.

Impressions

J’aime la plume de Lionel Duroy. Après Echapper, Lionel Duroy poursuit avec L’Absente l’exploration de l’inspiration littéraire et de la perte. Suite à son divorce, son double, Augustin, est forcé de vendre sa maison de vacances si chère à ses yeux. C’est un crève-cœur. Il entasse ses affaires les plus précieuses dans le coffre de sa voiture, quelques objets que lui avaient offert ses enfants, quelques photos, des papiers, et ses deux vélos sur le toit… Il prend la route sans savoir où se rendre. Cette perte de sa maison lui fait faire un parallèle avec l’expulsion que ses parents – et notamment sa mère – ont vécu alors qu’il était enfant (d’une fratrie de dix enfants). Deviendra-t-il aussi fou que sa mère, une femme qu’il n’a jamais aimée et dont la mort ne lui a pas fait verser une larme ? Afin de se donner une raison de vivre et de retrouver l’inspiration, Augustin décide alors de prendre la route sur la trace de sa mère pour essayer de la comprendre et peut-être de l’aimer – un peu. Il va ainsi replonger dans le passé de sa riche famille bordelaise. L’histoire est belle, touchante et drôle à la fois. Un road-movie à découvrir !

Un passage parmi d’autres

 Comment la mère avait-elle survécu sans l’écriture ? Elle lui semble plus solide qu’il ne l’a cru. Y a-t-elle seulement pensé ? Sinon, Toto ou le commandant auraient pu le lui suggérer. Augustin n’avait que dix ans, mais s’il en avait eu quinze ou vingt de plus, il sait bien qu’il aurait dit à la mère de se mettre à écrire. Ne reste pas là à trembler, maman, quand tu te retrouves seule le soir, allume deux ou trois bougies et mets-toi à écrire. Si tu arrives à transformer ta détresse en une œuvre, tu seras sauvée. Écrire, ce sera comme si tu t’élevais soudain de la lourde terre pour t’accorder une autre vie qui te permettra de regarder de haut la première, celle où tu marches aujourd’hui à tâtons, stupide et aveugle. Écrire te rendra inaccessible à la bêtise et à la cruauté du monde. Ils pourraient bien te piétiner le corps, te couper l’électricité, vendre tes derniers meubles aux enchères, ils n’atteindront pas ton âme et au fil des années tu nourriras ton travail de leur inhumanité. Tu parviendras à énoncer sur le monde quelque chose qu’on ne voit pas et qui nous éclairera sur nous-mêmes. Et  il se peut même qu’un jour, adossée à toutes ces pages que tu auras écrites, tu te réjouisses d’avoir traversé tant de guerres car sinon tu serais passée à côté de la vraie vie, si dense, si inquiétante, si mystérieuse qu’on préfère généralement s’en protéger, n’est-ce pas.

Lionel Duroy – L’absente – août 2016 (Julliard)

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Une putain d’histoire – Bernard Minier

17 mercredi Août 2016

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Bernard Minier, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Pocket, Policiers / Thrillers, quoi lire, roman, Thriller, Une putain d'histoire, XO Editions

Bernard Minier - Une putain d'histoireLes premières phrases

«  Au commencement est la peur.

La peur de se noyer.

La peur des autres – ceux qui me détestent, ceux qui veulent ma peau.

La peur de la vérité, aussi.

Au commencement est la peur

Je ne retournerai jamais sur l’île. Même si Jennifer Lawrence en personne venait à sonner à ma porte et me suppliait d’y retourner, je ne le ferais pas.

Autant vous le dire tout de suite : ce que je vais vous raconter va vous paraître incroyable. Ce n’est pas une histoire banale, je lui dis. Ça non. C’est une putain d’histoire. Ouais, une putain d’histoire… 

Une vision à présent, pour vous mettre comme qui dirait en appétit : une main émergeant de l’abîme, tendue vers le ciel, pâle, doigts écartés, avant qu’elle ne s’enfonce définitivement dans les flots. Le vent du large rugit autour de moi, la pluie et les embruns me cinglent tandis que je nage et m’éloigne de cette main spectrale – que je nage, tente de nager, soulevé, emporté par les vagues, les creux de trois mètres, les crêtes écumantes, vers la pointe de l’île, toussant, hoquetant, grelottant, à demi noyé.

Au commencement est la peur.  »

Circonstances de lecture

Un thriller vivement conseillé par un ami.

Impressions

Voilà un thriller qui porte très bien son nom. Car Bernard Minier nous raconte vraiment ici une putain d’histoire ! Attention, si vous commencez à le lire, vous aurez du mal à le lâcher tant le rythme est soutenu. C’est bien simple, j’avais l’impression de le lire sans respirer. « Une putain d’histoire » se dévore le souffle coupé. L’écriture porte le lecteur – haletant comme son héros – jusqu’aux toutes dernières pages. C’est là que l’on reconnait un très très bon thriller.

L’histoire : un ado de 16 ans se voit devenir le principal suspect du meurtre de sa petite amie. Sur une île où tout le monde se connaît, sur laquelle on ne peut entrer et sortir qu’en ferry, pas facile de supporter les regards malveillants et soupçonneux. D’autant qu’Henry a été élevé par un couple de femmes et les préjugés ont la vie dure… Avec ses meilleurs amis, il va tout faire pour prouver son innocence et retrouver le coupable. Au risque de découvrir des secrets des plus sombres…

Un thriller que je vous recommande vivement !

Un passage parmi d’autres

 Ici, tout le monde connaît toute le monde. On est entre soi. C’est une des particularités de notre île : contrairement à Seattle ou à Vancouver, ou même à Bellingham, les gens d’ici laissent leur porte ouverte quand ils vont faire leurs courses, et même parfois quand ils dorment. Bien sûr, les luxueuses résidences secondaires d’Eagle Cliff et de Smugglers Cove – qui sont fermées sept mois sur douze tout en accaparant les anses les plus pittoresques de l’île – sont un peu mieux protégées, mais à peine. Il faut dire que notre île est genre « forteresse naturelle ». Pour commencer, elle n’est pas fastoche d’accès : il faut une bonne heure de ferry à partir d’Anacortes pour rejoindre East Harbor et, à partir de là, il n’y a pas plus d’une dizaine de routes et autant de pistes carrossables interdites aux promeneurs, avec à l’entrée des chaînes rouillées ou des barrières sur lesquelles on peut lire PROPRIÉTÉ PRIVÉE. Ensuite, il n’y a pas tant d’endroits que ça où un bateau peut accoster. Et puis, il est interdit de camper, il n’y a que deux hôtels et, à la belle saison, la plupart des touristes dorment chez l’habitant.

Comme je l’ai dit, tout le monde connaît tout le monde. Les gens d’ici n’ont pas de secrets. Ou alors ils sont contraints de les enfouir au plus profond d’eux-mêmes.

C’est ça, Glass Island. C’est du moins ce que je croyais.

Bernard Minier – Une putain d’histoire – mai 2016 (Pocket)

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Les fiancés de l’hiver – Christelle Dabos

31 dimanche Juil 2016

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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Christelle Dabos, Critique de livre, folio, idées de lecture, lecture, Les fiancés de l'hiver, Livre, quoi lire, roman

Christelle Dabos - Les fiancés de l'hiverLes premières phrases

«  On dit souvent des vieilles demeures qu’elles ont une âme. Sur Anima, l’arche où les objets prennent vie, les vieilles demeures ont surtout tendance à développer un épouvantable caractère.

Le bâtiment des Archives familiales, par exemple, était continuellement de mauvaise humeur. Il passait ses journées à craqueler, à grincer, à fuir et à souffler pour exprimer son mécontentement. Il n’aimait pas les courants d’air qui faisaient claquer les portes mal fermées en été. Il n’aimait pas les pluies qui encrassaient sa gouttière en automne. Il n’aimait pas l’humidité qui infiltrait ses murs en hiver. Il n’aimait pas les mauvaises herbes qui revenaient envahir sa cour chaque printemps.

Mais, par-dessus tout, le bâtiment des Archives n’aimait pas les visiteurs qui ne respectaient pas les horaires d’ouverture.

C’est sans doute pourquoi, en ce petit matin de septembre, le bâtiment craquelait, grinçait, fuyait et soufflait encore plus que d’habitude. Il sentait venir quelqu’un alors qu’il était encore beaucoup trop tôt pour consulter les archives. Ce visiteur-là ne se tenait même pas devant la porte d’entrée, sur le perron, en visiteur respectable. Non, il pénétrait dans les lieux comme un voleur, directement par le vestiaire des Archives.

Un nez était en train de pousser au beau milieu d’une armoire à glace.  »

Circonstances de lecture

J’étais attirée depuis longtemps par ce livre. Sa sortie en poche m’a fait sauter le pas.

Impressions

J’aime les livres magiques qui transportent le lecteur dans un univers bien à eux, un univers fantastique qui fasse oublier pour un temps la réalité. Et sur ce point, « Les fiancés de l’hiver » de Christelle Dabos ne m’a pas déçue. L’auteur a réussi à créer son propre monde, un univers a priori enchanteur, mais baigné d’illusions. Elle a aussi réussi à créer des personnages attachants, à commencer par Ophélie, son héroïne introvertie au premier abord mais cachant un caractère bien trempé. Habitant sur Anima, une Arche où les hommes ont un rapport particulier avec les objets, Ophélie possède le don de « lire » les objets et de traverser les miroirs. Mais voilà qu’on la force à se fiancer avec un inconnu, habitant sur une Arche lointaine, au Pôle, un lieu de courtisans hypocrites cherchant tous à se faire apprécier du Seigneur Farouk, un lieu au décor de carton pâte, où tout est illusion. Pourquoi a-t-elle été choisie pour ce mariage ? Pourquoi son fiancé, Thorn (digne héritier du Mr Rochester imaginé par  Charlotte Brontë dans Jane Eyre), est-il si froid et distant ? Ces fiançailles, vous l’aurez compris, vont chambouler complètement la vie d’Ophélie.

J’ai aimé lire « Les fiancés de l’hiver », j’ai aimé le style d’écriture, l’histoire, les personnages et l’univers imaginé par Christelle Dabos. J’attends cependant la sortie poche du tome 2 pour savoir si c’est un coup de cœur ou juste un bon livre (ce qui est déjà pas mal !). Si vous voulez vous évader cet été, mettez donc ce roman fantastique dans votre valise. Évasion garantie.

Un passage parmi d’autres

 – Les Passe-miroir sont rares dans la famille, fille, est-ce que tu sais pourquoi ?

Ophélie souleva les paupières derrière ses lunettes. Elle n’avait jamais abordé la question avec son parrain. Pourtant, tout ce qu’elle savait, elle le tenait de lui.

– Parce que c’est une forme de lecture un peu particulière ? suggéra-t-elle.

Le grand-oncle ébroua ses moustaches et écarquilla ses yeux d’or sous les ailes de ses sourcils.

– Rien à voir ! Lire un objet, ça demande de s’oublier un peu pour laisser la place au passé d’un autre. Passer les miroirs, ça demande de s’affronter soi-même. Il faut des tripes, t’sais, pour se regarder droit dans les mirettes, se voir tel qu’on est, plonger dans son propre reflet. Ceux qui se voilent la face, ceux qui se mentent à eux-mêmes, ceux qui se voient mieux qu’ils sont, il pourront jamais. Alors, crois-moi, ça ne court par les trottoirs !

 

Christelle Dabos – Les fiancés de l’hiver – avril 2016 (folio)

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Libertango – Frédérique Deghelt

19 dimanche Juin 2016

Posted by Aurélie in Romans français

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Actes Sud, Critique de livre, Frédérique Deghelt, idées de lecture, lecture, Libertango, Livre, quoi lire, roman

Frédérique Deghelt - LibertangoLes premières phrases

«  Il y eut les premiers sons désaccordés, tâtonnants, qui semblaient pleurer en attendant que commencent véritablement les choses. Il y eut ce moment calme, quand je me suis avancé dans la salle, les applaudissements de l’assemblée, comme une ultime faveur accordée avant que je ne fasse mes preuves. Avec une main un peu moite, je saluai mon dernier allié, le plus proche, avant de laisser place à ce silence recueilli qui précède l’envol. Je les regardai tous, puisque je tournais le dos aux autres,  et le sourire que je leur offris n’avait rien de bref ou de crispé. Ce sourire était ma dernière chance de les embarquer et je le désirais plus que tout au monde. Nous devions désormais nous faire confiance parce que nous n’avions pas le choix et, surtout, parce que ce serait la dernière fois. Je dirigeai mon regard vers les premiers à intervenir et ils caquetèrent le début de leur discours. Puis, accrochés à leurs cordes, montant et descendant dans la mâture, graves et plus jeunes se mirent à ramper vers moi. C’est dans la pluie de ce qui suivit que je saisis mon énergie. D’une main ferme, je m’appuyai sur ce qui venait d’être envoyé et s’effaçait déjà pour faire place à un déploiement élégant. Je me sentais posé sur le bord de chaque envolée, si bien que, lançant avec force les canons, je pus sentir le frémissement de la salle et sa surprise quand retentirent les coups assénés, parfaitement accompagnés par la douceur des milliers de voix virevoltantes pour répondre à la main qui les encourageait. Je souris et pris la taille de la plus jolie des mariées pour la faire tournoyer sans jamais succomber.  »

Circonstances de lecture

Parce que la couverture est superbe tout comme la plume de Frédérique Deghelt (La grand-mère de Jade, Les brumes de l’apparence…).

Impressions

Dès les premières lignes, je me suis sentie happée par la superbe plume de Frédérique Deghelt. Rarement un début de roman m’a fait cette impression… J’étais sous le charme, envoûtée, émue. Avec Libertango, Frédérique Deghelt offre un magnifique roman sur la puissance de la musique.

A la fin de sa vie, Luis accepte de se confier à une journaliste. Mais Luis n’est pas une personne comme les autres. A plus d’un titre. Il naît handicapé, et est aussitôt rejeté par sa famille qui ne lui prédit aucun avenir. Heureusement, Luis a du caractère et, surtout, un amour passionné pour la musique classique. Malgré son bras gauche qui fonctionne mal, il veut réaliser son rêve : devenir chef d’orchestre.

Libertango est une superbe ode à la différence, à la réalisation des rêves, et au pouvoir de la musique. Car c’est bien la musique qui sauvera Luis, de son handicap, des préjugés, et de son orgueil. Malgré quelques longueurs, Frédérique Deghelt signe là l’un de ses meilleurs romans. Le premier quart est tout simplement magistral, tant l’émotion est présente et le style superbe. Pour tous les amoureux des mots et de  musique. Pour tous ceux qui ont ressenti un jour la musique comme un pansement salvateur.

Un passage parmi d’autres

 A quel moment ai-je réellement entendu un chant, le filet mélancolique et vibrant qu’il produisait ? Au début, j’ai cru que mon âme me distillait de la musique qui ressemblait à mon chagrin. Ça n’aurait pas été la première fois. Je transpirais de peine et de désespoir et cette mélodie était un mirage produit par mon imagination. Devant moi, il n’y avait que des pêcheurs tenant leurs lignes et surveillant la surface de l’eau, et puis un couple assis côte à côte sur des chaises longues. Pourtant, j’entendais bien des notes et je me rapprochais de cette musique, comme par instinct ; j’allais vers elle comme si elle pouvait m’apaiser, et soudain, j’ai vu un musicien. Debout, un pied posé sur une bitte d’amarrage, tenant entre ses mains une sorte d’accordéon, mais plus petit, et noir. Son chant vibrait à l’unisson de mon cœur dévasté, alors je me suis assis et je l’ai écouté. Longtemps. J’ai laissé couler mes larmes. Je me fichais bien qu’il puisse me voir pleurer. Il devait savoir puisqu’il jouait cette musique qui contenait tous mes chagrins. Je n’entendais plus la vérité ou l’offense, je n’étais plus une gangrène ou un pauvre type inutile. J’étais cette musique, ce chant de tristesse qui rythmait la débâcle de mon existence et distillait dans mes vaisseaux son vibrato. La cadence s’est accélérée et j’ai entendu l’inspiration, le murmure d’une plénitude, l’appel vibrant d’un avenir. Or je n’avais jamais pensé à l’avenir.

Frédérique Deghelt – Libertango – mai 2016 (Actes Sud)

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Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

27 mercredi Avr 2016

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

≈ 1 Commentaire

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Au revoir là-haut, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Pierre Lemaitre, quoi lire, roman, Trois jours et une vie

Pierre Lemaitre - Trois jours et une vieLes premières phrases

«  A la fin de décembre 1999 une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien. Ulysse. Ne cherchez pas la raison pour laquelle son propriétaire, M. Desmedt, avait donné à ce bâtard blanc et fauve, maigre comme un clou et haut sur pattes, le nom d’un héros grec, ce sera un mystère de plus dans cette histoire.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais adoré « Au revoir là-haut » et « Alex ».

Impressions

Après « Au revoir là-haut », Pierre Lemaitre revient avec un roman noir captivant autour du thème de la culpabilité.

Antoine, 12 ans, commet un geste irréparable en tuant un petit garçon de 6 ans, sous le coup de la colère. Doit-il fuir ? Doit-il se rendre à la police ? Surtout, comment vivre avec ce poids sur la conscience ? Voici un livre qui se dévore jusqu’à un final surprenant. Une belle réflexion sur le thème de la culpabilité.

Un passage parmi d’autres

 Il regarde sa montre. 14h30, midi au soleil. Antoine est en nage.

Il doit prendre une décision, mais quelque chose lui dit que c’est déjà fait : il va rentrer à la maison, ne rien dire, monter dans sa chambre comme s’il n’en était jamais sorti, qui pourra deviner que c’est lui ? On ne s’apercevra pas de la disparition de Rémi avant… Il calcule mentalement, mais tout s’embrouille, il compte sur ses doigts, mais compter quoi ? Combien de temps faudra-t-il pour retrouver Rémi ? Des heures, des jours ? Et puis, Rémi a été vu si souvent avec Antoine et ses copains, ils seront interrogés par la police… Si ça se trouve, en ce moment, ils sont tous ensemble chez Kevin, sur la PlayStation, il ne manque que lui, Antoine, et du coup, tous les regards vont se tourner vers lui.

Non, ce qu’il faut, c’est faire en sorte qu’on ne retrouve pas Rémi.

La vision du sac-poubelle contenant le chien lui traverse l’esprit.

S’en débarrasser.

Rémi a disparu, personne ne sait ce qu’il est devenu, voilà, c’est ça la solution, on va le chercher et personne ne va imaginer…

Antoine continue de marcher de long en large près du corps qu’il ne veut plus regarder, ça le panique, ça l’empêche de penser.

Pierre Lemaitre – Trois jours et une vie – 2016 (Albin Michel)

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