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~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans français

La mort nomade – Ian Manook

17 lundi Oct 2016

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Albin Michel, Critique de livre, Ian Manook, idées de lecture, La mort nomade, lecture, Livre, quoi lire, roman, Yeruldelgger

ian-manook-la-mort-nomadeLes premières phrases

«  Le petit combi russe bleu tout-terrain crapahutait, en équilibre instable, vers la ligne de crête. En dodelinant dangereusement, sa carcasse peinturlurée écrasait sous ses pneus ramollis des cailloux chauds qui fusaient en cognant sous le châssis. La pente et les soubresauts décidaient de sa trajectoire plus que les efforts du chauffeur, cramponné de ses mains d’ogre au fin volant de bakélite ivoire.

– On va finir par verser et rouler jusque dans la vallée si tu continues comme ça. Et c’est moi qui suis à la place du mort.

Al éclaboussait de Chinggis tiède son T-shirt Yes We Khan à chaque couinement des ressorts à lame de la suspension malmenée.

– Si on verse, tout le monde meurt, philosopha Zorig, son corps de géant voûté pour tenir dans l’habitacle, les genoux dans le volant et la tête contre le pare-brise. Mais ça n’arrivera pas. Ces engins-là c’est comme des tiques. Ça suce la route et ça ne la lâche plus.

– Sauf le jour où tu nous as fait basculer dans le lac Airag, au sud de Khyargas, rappela Naaran, cramponné au skaï de la banquette arrière, la tête cognant contre la tôle de métal brut.   »

Circonstances de lecture

Parce que je suis fan de Yeruldelgger !

Impressions

Après les deux premiers tomes de la saga Yeruldelgger, voilà le chapitre final autour de ce flic peu conventionnel. Un troisième tome qui clôture en toute beauté ce polar de Ian Manook. Yeruldelgger ne fait ici plus partie de la police d’Oulan-Bator. Il vit reclus en pleine steppe, dans une yourte reculée, afin de contenir sa violence intérieure et  renouer avec ses racines. Mais comme on pouvait s’y attendre, sa retraite va être bousculée par l’arrivée de deux femmes à la recherche de son aide. Et il va replonger malgré lui dans un monde d’une rare violence.

On retrouve dans ce dernier volet la même patte qui m’avait tant plu dans les deux premiers tomes (en particulier le premier), ce tiraillement d’un pays entre ses traditions, ses paysages magnifiques, et le progrès, souillant ses terres par la soif du pouvoir et de l’argent. La Mongolie à l’état brut.

Un passage parmi d’autres

 -Tais-toi ! s’emporta Yeruldelgger en effrayant son cheval qu’il dut retenir par la bride. Je ne veux plus entendre parler de combat. Regarde où me battre m’a mené.

– Parce que ne pas te battre t’aurait mené ailleurs ?

– Peut-être bien. Peut-être que j’étais fait pour rester nomade et ne pas me battre. Apprendre à subir, à résister, à endurer, et ne jamais me battre. Tout ton art au contraire m’a poussé dans la colère et la violence, alors ne viens pas pleurer à mes côtés maintenant que ça m’a coûté ce qui me restait de vie.

Puis il garda le silence jusqu’à ce que le spectre de Nerguii disparaisse. Ne resta alors que la tiédeur d’une steppe d’émeraude au pied de la colline. La fraîcheur blanche d’une rivière scintillante emmêlant ses rubans autour de lourdes touffes de roseaux argentés. Un horizon dentelé à l’est de crêtes bleues et crantées, et lissé à l’ouest par la houle irisée d’une prairie échevelée. Quelques chevaux à la crinière blonde, avec le monde entier pour pâture. Et au nord, un ciel qui se chargeait des rouleaux mauves d’un orage électrique.

Ian Manook – La mort nomade – octobre 2016 (Albin Michel)

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L’absente – Lionel Duroy

25 jeudi Août 2016

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, Echapper, idées de lecture, Julliard, L'absente, lecture, Lionel Duroy, Livre, quoi lire, roman

Lionel Duroy - L'absenteLes premières phrases

«  Il ne souffre plus, soudain. Il est bien. Il contemple les sombres vallonnements de la Meuse sous le ciel orageux de cette fin d’été et peut-être même sourit-il. Pour un peu, il s’arrêterait au bord de la nationale, il chercherait sa Traviata dans l’amoncellement de ses affaires et il glisserait le CD dans le lecteur. Il allumerait une cigarette. Où pouvait-elle être, sa Traviata ? Pendant que les déménageurs vidaient la maison, lui avait entassé ses affaires les plus précieuses dans le coffre de la Peugeot, puis sur la banquette arrière. Aussi bien elle était au fond du coffre, avec le contenu de ses tiroirs de bureau et mieux valait racheter le CD qu’espérer remettre la main dessus. Tiens, voilà, en entrant dans Verdun, c’est la première chose qu’il ferait : se racheter La Traviata. Quelle idée stupide il avait eue de partir pour la Bretagne le premier jour… Il avait dormi sur une aire de repos pour camionneurs, du côté de Fougères, plutôt bien dormi d’ailleurs, tandis qu’un autre dans la même situation n’aurait fait qu’arpenter nerveusement le bitume, c’était certain. Oui, mais c’est qu’il avait l’espoir qu’en Bretagne il allait retrouver quelque chose de son enfance qui l’attacherait, qui ferait qu’à cet endroit il aurait du plaisir à se tenir, nourri de ce souvenir. C’était venu au moment de quitter la maison, comme il se demandait vers où se diriger – une image fugace et douce qui l’avait engagé à prendre la direction de la Bretagne.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé son précédent roman Echapper.

Impressions

J’aime la plume de Lionel Duroy. Après Echapper, Lionel Duroy poursuit avec L’Absente l’exploration de l’inspiration littéraire et de la perte. Suite à son divorce, son double, Augustin, est forcé de vendre sa maison de vacances si chère à ses yeux. C’est un crève-cœur. Il entasse ses affaires les plus précieuses dans le coffre de sa voiture, quelques objets que lui avaient offert ses enfants, quelques photos, des papiers, et ses deux vélos sur le toit… Il prend la route sans savoir où se rendre. Cette perte de sa maison lui fait faire un parallèle avec l’expulsion que ses parents – et notamment sa mère – ont vécu alors qu’il était enfant (d’une fratrie de dix enfants). Deviendra-t-il aussi fou que sa mère, une femme qu’il n’a jamais aimée et dont la mort ne lui a pas fait verser une larme ? Afin de se donner une raison de vivre et de retrouver l’inspiration, Augustin décide alors de prendre la route sur la trace de sa mère pour essayer de la comprendre et peut-être de l’aimer – un peu. Il va ainsi replonger dans le passé de sa riche famille bordelaise. L’histoire est belle, touchante et drôle à la fois. Un road-movie à découvrir !

Un passage parmi d’autres

 Comment la mère avait-elle survécu sans l’écriture ? Elle lui semble plus solide qu’il ne l’a cru. Y a-t-elle seulement pensé ? Sinon, Toto ou le commandant auraient pu le lui suggérer. Augustin n’avait que dix ans, mais s’il en avait eu quinze ou vingt de plus, il sait bien qu’il aurait dit à la mère de se mettre à écrire. Ne reste pas là à trembler, maman, quand tu te retrouves seule le soir, allume deux ou trois bougies et mets-toi à écrire. Si tu arrives à transformer ta détresse en une œuvre, tu seras sauvée. Écrire, ce sera comme si tu t’élevais soudain de la lourde terre pour t’accorder une autre vie qui te permettra de regarder de haut la première, celle où tu marches aujourd’hui à tâtons, stupide et aveugle. Écrire te rendra inaccessible à la bêtise et à la cruauté du monde. Ils pourraient bien te piétiner le corps, te couper l’électricité, vendre tes derniers meubles aux enchères, ils n’atteindront pas ton âme et au fil des années tu nourriras ton travail de leur inhumanité. Tu parviendras à énoncer sur le monde quelque chose qu’on ne voit pas et qui nous éclairera sur nous-mêmes. Et  il se peut même qu’un jour, adossée à toutes ces pages que tu auras écrites, tu te réjouisses d’avoir traversé tant de guerres car sinon tu serais passée à côté de la vraie vie, si dense, si inquiétante, si mystérieuse qu’on préfère généralement s’en protéger, n’est-ce pas.

Lionel Duroy – L’absente – août 2016 (Julliard)

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Une putain d’histoire – Bernard Minier

17 mercredi Août 2016

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Bernard Minier, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Pocket, Policiers / Thrillers, quoi lire, roman, Thriller, Une putain d'histoire, XO Editions

Bernard Minier - Une putain d'histoireLes premières phrases

«  Au commencement est la peur.

La peur de se noyer.

La peur des autres – ceux qui me détestent, ceux qui veulent ma peau.

La peur de la vérité, aussi.

Au commencement est la peur

Je ne retournerai jamais sur l’île. Même si Jennifer Lawrence en personne venait à sonner à ma porte et me suppliait d’y retourner, je ne le ferais pas.

Autant vous le dire tout de suite : ce que je vais vous raconter va vous paraître incroyable. Ce n’est pas une histoire banale, je lui dis. Ça non. C’est une putain d’histoire. Ouais, une putain d’histoire… 

Une vision à présent, pour vous mettre comme qui dirait en appétit : une main émergeant de l’abîme, tendue vers le ciel, pâle, doigts écartés, avant qu’elle ne s’enfonce définitivement dans les flots. Le vent du large rugit autour de moi, la pluie et les embruns me cinglent tandis que je nage et m’éloigne de cette main spectrale – que je nage, tente de nager, soulevé, emporté par les vagues, les creux de trois mètres, les crêtes écumantes, vers la pointe de l’île, toussant, hoquetant, grelottant, à demi noyé.

Au commencement est la peur.  »

Circonstances de lecture

Un thriller vivement conseillé par un ami.

Impressions

Voilà un thriller qui porte très bien son nom. Car Bernard Minier nous raconte vraiment ici une putain d’histoire ! Attention, si vous commencez à le lire, vous aurez du mal à le lâcher tant le rythme est soutenu. C’est bien simple, j’avais l’impression de le lire sans respirer. « Une putain d’histoire » se dévore le souffle coupé. L’écriture porte le lecteur – haletant comme son héros – jusqu’aux toutes dernières pages. C’est là que l’on reconnait un très très bon thriller.

L’histoire : un ado de 16 ans se voit devenir le principal suspect du meurtre de sa petite amie. Sur une île où tout le monde se connaît, sur laquelle on ne peut entrer et sortir qu’en ferry, pas facile de supporter les regards malveillants et soupçonneux. D’autant qu’Henry a été élevé par un couple de femmes et les préjugés ont la vie dure… Avec ses meilleurs amis, il va tout faire pour prouver son innocence et retrouver le coupable. Au risque de découvrir des secrets des plus sombres…

Un thriller que je vous recommande vivement !

Un passage parmi d’autres

 Ici, tout le monde connaît toute le monde. On est entre soi. C’est une des particularités de notre île : contrairement à Seattle ou à Vancouver, ou même à Bellingham, les gens d’ici laissent leur porte ouverte quand ils vont faire leurs courses, et même parfois quand ils dorment. Bien sûr, les luxueuses résidences secondaires d’Eagle Cliff et de Smugglers Cove – qui sont fermées sept mois sur douze tout en accaparant les anses les plus pittoresques de l’île – sont un peu mieux protégées, mais à peine. Il faut dire que notre île est genre « forteresse naturelle ». Pour commencer, elle n’est pas fastoche d’accès : il faut une bonne heure de ferry à partir d’Anacortes pour rejoindre East Harbor et, à partir de là, il n’y a pas plus d’une dizaine de routes et autant de pistes carrossables interdites aux promeneurs, avec à l’entrée des chaînes rouillées ou des barrières sur lesquelles on peut lire PROPRIÉTÉ PRIVÉE. Ensuite, il n’y a pas tant d’endroits que ça où un bateau peut accoster. Et puis, il est interdit de camper, il n’y a que deux hôtels et, à la belle saison, la plupart des touristes dorment chez l’habitant.

Comme je l’ai dit, tout le monde connaît tout le monde. Les gens d’ici n’ont pas de secrets. Ou alors ils sont contraints de les enfouir au plus profond d’eux-mêmes.

C’est ça, Glass Island. C’est du moins ce que je croyais.

Bernard Minier – Une putain d’histoire – mai 2016 (Pocket)

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Les fiancés de l’hiver – Christelle Dabos

31 dimanche Juil 2016

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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Christelle Dabos, Critique de livre, folio, idées de lecture, lecture, Les fiancés de l'hiver, Livre, quoi lire, roman

Christelle Dabos - Les fiancés de l'hiverLes premières phrases

«  On dit souvent des vieilles demeures qu’elles ont une âme. Sur Anima, l’arche où les objets prennent vie, les vieilles demeures ont surtout tendance à développer un épouvantable caractère.

Le bâtiment des Archives familiales, par exemple, était continuellement de mauvaise humeur. Il passait ses journées à craqueler, à grincer, à fuir et à souffler pour exprimer son mécontentement. Il n’aimait pas les courants d’air qui faisaient claquer les portes mal fermées en été. Il n’aimait pas les pluies qui encrassaient sa gouttière en automne. Il n’aimait pas l’humidité qui infiltrait ses murs en hiver. Il n’aimait pas les mauvaises herbes qui revenaient envahir sa cour chaque printemps.

Mais, par-dessus tout, le bâtiment des Archives n’aimait pas les visiteurs qui ne respectaient pas les horaires d’ouverture.

C’est sans doute pourquoi, en ce petit matin de septembre, le bâtiment craquelait, grinçait, fuyait et soufflait encore plus que d’habitude. Il sentait venir quelqu’un alors qu’il était encore beaucoup trop tôt pour consulter les archives. Ce visiteur-là ne se tenait même pas devant la porte d’entrée, sur le perron, en visiteur respectable. Non, il pénétrait dans les lieux comme un voleur, directement par le vestiaire des Archives.

Un nez était en train de pousser au beau milieu d’une armoire à glace.  »

Circonstances de lecture

J’étais attirée depuis longtemps par ce livre. Sa sortie en poche m’a fait sauter le pas.

Impressions

J’aime les livres magiques qui transportent le lecteur dans un univers bien à eux, un univers fantastique qui fasse oublier pour un temps la réalité. Et sur ce point, « Les fiancés de l’hiver » de Christelle Dabos ne m’a pas déçue. L’auteur a réussi à créer son propre monde, un univers a priori enchanteur, mais baigné d’illusions. Elle a aussi réussi à créer des personnages attachants, à commencer par Ophélie, son héroïne introvertie au premier abord mais cachant un caractère bien trempé. Habitant sur Anima, une Arche où les hommes ont un rapport particulier avec les objets, Ophélie possède le don de « lire » les objets et de traverser les miroirs. Mais voilà qu’on la force à se fiancer avec un inconnu, habitant sur une Arche lointaine, au Pôle, un lieu de courtisans hypocrites cherchant tous à se faire apprécier du Seigneur Farouk, un lieu au décor de carton pâte, où tout est illusion. Pourquoi a-t-elle été choisie pour ce mariage ? Pourquoi son fiancé, Thorn (digne héritier du Mr Rochester imaginé par  Charlotte Brontë dans Jane Eyre), est-il si froid et distant ? Ces fiançailles, vous l’aurez compris, vont chambouler complètement la vie d’Ophélie.

J’ai aimé lire « Les fiancés de l’hiver », j’ai aimé le style d’écriture, l’histoire, les personnages et l’univers imaginé par Christelle Dabos. J’attends cependant la sortie poche du tome 2 pour savoir si c’est un coup de cœur ou juste un bon livre (ce qui est déjà pas mal !). Si vous voulez vous évader cet été, mettez donc ce roman fantastique dans votre valise. Évasion garantie.

Un passage parmi d’autres

 – Les Passe-miroir sont rares dans la famille, fille, est-ce que tu sais pourquoi ?

Ophélie souleva les paupières derrière ses lunettes. Elle n’avait jamais abordé la question avec son parrain. Pourtant, tout ce qu’elle savait, elle le tenait de lui.

– Parce que c’est une forme de lecture un peu particulière ? suggéra-t-elle.

Le grand-oncle ébroua ses moustaches et écarquilla ses yeux d’or sous les ailes de ses sourcils.

– Rien à voir ! Lire un objet, ça demande de s’oublier un peu pour laisser la place au passé d’un autre. Passer les miroirs, ça demande de s’affronter soi-même. Il faut des tripes, t’sais, pour se regarder droit dans les mirettes, se voir tel qu’on est, plonger dans son propre reflet. Ceux qui se voilent la face, ceux qui se mentent à eux-mêmes, ceux qui se voient mieux qu’ils sont, il pourront jamais. Alors, crois-moi, ça ne court par les trottoirs !

 

Christelle Dabos – Les fiancés de l’hiver – avril 2016 (folio)

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Libertango – Frédérique Deghelt

19 dimanche Juin 2016

Posted by Aurélie in Romans français

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Actes Sud, Critique de livre, Frédérique Deghelt, idées de lecture, lecture, Libertango, Livre, quoi lire, roman

Frédérique Deghelt - LibertangoLes premières phrases

«  Il y eut les premiers sons désaccordés, tâtonnants, qui semblaient pleurer en attendant que commencent véritablement les choses. Il y eut ce moment calme, quand je me suis avancé dans la salle, les applaudissements de l’assemblée, comme une ultime faveur accordée avant que je ne fasse mes preuves. Avec une main un peu moite, je saluai mon dernier allié, le plus proche, avant de laisser place à ce silence recueilli qui précède l’envol. Je les regardai tous, puisque je tournais le dos aux autres,  et le sourire que je leur offris n’avait rien de bref ou de crispé. Ce sourire était ma dernière chance de les embarquer et je le désirais plus que tout au monde. Nous devions désormais nous faire confiance parce que nous n’avions pas le choix et, surtout, parce que ce serait la dernière fois. Je dirigeai mon regard vers les premiers à intervenir et ils caquetèrent le début de leur discours. Puis, accrochés à leurs cordes, montant et descendant dans la mâture, graves et plus jeunes se mirent à ramper vers moi. C’est dans la pluie de ce qui suivit que je saisis mon énergie. D’une main ferme, je m’appuyai sur ce qui venait d’être envoyé et s’effaçait déjà pour faire place à un déploiement élégant. Je me sentais posé sur le bord de chaque envolée, si bien que, lançant avec force les canons, je pus sentir le frémissement de la salle et sa surprise quand retentirent les coups assénés, parfaitement accompagnés par la douceur des milliers de voix virevoltantes pour répondre à la main qui les encourageait. Je souris et pris la taille de la plus jolie des mariées pour la faire tournoyer sans jamais succomber.  »

Circonstances de lecture

Parce que la couverture est superbe tout comme la plume de Frédérique Deghelt (La grand-mère de Jade, Les brumes de l’apparence…).

Impressions

Dès les premières lignes, je me suis sentie happée par la superbe plume de Frédérique Deghelt. Rarement un début de roman m’a fait cette impression… J’étais sous le charme, envoûtée, émue. Avec Libertango, Frédérique Deghelt offre un magnifique roman sur la puissance de la musique.

A la fin de sa vie, Luis accepte de se confier à une journaliste. Mais Luis n’est pas une personne comme les autres. A plus d’un titre. Il naît handicapé, et est aussitôt rejeté par sa famille qui ne lui prédit aucun avenir. Heureusement, Luis a du caractère et, surtout, un amour passionné pour la musique classique. Malgré son bras gauche qui fonctionne mal, il veut réaliser son rêve : devenir chef d’orchestre.

Libertango est une superbe ode à la différence, à la réalisation des rêves, et au pouvoir de la musique. Car c’est bien la musique qui sauvera Luis, de son handicap, des préjugés, et de son orgueil. Malgré quelques longueurs, Frédérique Deghelt signe là l’un de ses meilleurs romans. Le premier quart est tout simplement magistral, tant l’émotion est présente et le style superbe. Pour tous les amoureux des mots et de  musique. Pour tous ceux qui ont ressenti un jour la musique comme un pansement salvateur.

Un passage parmi d’autres

 A quel moment ai-je réellement entendu un chant, le filet mélancolique et vibrant qu’il produisait ? Au début, j’ai cru que mon âme me distillait de la musique qui ressemblait à mon chagrin. Ça n’aurait pas été la première fois. Je transpirais de peine et de désespoir et cette mélodie était un mirage produit par mon imagination. Devant moi, il n’y avait que des pêcheurs tenant leurs lignes et surveillant la surface de l’eau, et puis un couple assis côte à côte sur des chaises longues. Pourtant, j’entendais bien des notes et je me rapprochais de cette musique, comme par instinct ; j’allais vers elle comme si elle pouvait m’apaiser, et soudain, j’ai vu un musicien. Debout, un pied posé sur une bitte d’amarrage, tenant entre ses mains une sorte d’accordéon, mais plus petit, et noir. Son chant vibrait à l’unisson de mon cœur dévasté, alors je me suis assis et je l’ai écouté. Longtemps. J’ai laissé couler mes larmes. Je me fichais bien qu’il puisse me voir pleurer. Il devait savoir puisqu’il jouait cette musique qui contenait tous mes chagrins. Je n’entendais plus la vérité ou l’offense, je n’étais plus une gangrène ou un pauvre type inutile. J’étais cette musique, ce chant de tristesse qui rythmait la débâcle de mon existence et distillait dans mes vaisseaux son vibrato. La cadence s’est accélérée et j’ai entendu l’inspiration, le murmure d’une plénitude, l’appel vibrant d’un avenir. Or je n’avais jamais pensé à l’avenir.

Frédérique Deghelt – Libertango – mai 2016 (Actes Sud)

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Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

27 mercredi Avr 2016

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Au revoir là-haut, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Pierre Lemaitre, quoi lire, roman, Trois jours et une vie

Pierre Lemaitre - Trois jours et une vieLes premières phrases

«  A la fin de décembre 1999 une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt. Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.

Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien. Ulysse. Ne cherchez pas la raison pour laquelle son propriétaire, M. Desmedt, avait donné à ce bâtard blanc et fauve, maigre comme un clou et haut sur pattes, le nom d’un héros grec, ce sera un mystère de plus dans cette histoire.  »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais adoré « Au revoir là-haut » et « Alex ».

Impressions

Après « Au revoir là-haut », Pierre Lemaitre revient avec un roman noir captivant autour du thème de la culpabilité.

Antoine, 12 ans, commet un geste irréparable en tuant un petit garçon de 6 ans, sous le coup de la colère. Doit-il fuir ? Doit-il se rendre à la police ? Surtout, comment vivre avec ce poids sur la conscience ? Voici un livre qui se dévore jusqu’à un final surprenant. Une belle réflexion sur le thème de la culpabilité.

Un passage parmi d’autres

 Il regarde sa montre. 14h30, midi au soleil. Antoine est en nage.

Il doit prendre une décision, mais quelque chose lui dit que c’est déjà fait : il va rentrer à la maison, ne rien dire, monter dans sa chambre comme s’il n’en était jamais sorti, qui pourra deviner que c’est lui ? On ne s’apercevra pas de la disparition de Rémi avant… Il calcule mentalement, mais tout s’embrouille, il compte sur ses doigts, mais compter quoi ? Combien de temps faudra-t-il pour retrouver Rémi ? Des heures, des jours ? Et puis, Rémi a été vu si souvent avec Antoine et ses copains, ils seront interrogés par la police… Si ça se trouve, en ce moment, ils sont tous ensemble chez Kevin, sur la PlayStation, il ne manque que lui, Antoine, et du coup, tous les regards vont se tourner vers lui.

Non, ce qu’il faut, c’est faire en sorte qu’on ne retrouve pas Rémi.

La vision du sac-poubelle contenant le chien lui traverse l’esprit.

S’en débarrasser.

Rémi a disparu, personne ne sait ce qu’il est devenu, voilà, c’est ça la solution, on va le chercher et personne ne va imaginer…

Antoine continue de marcher de long en large près du corps qu’il ne veut plus regarder, ça le panique, ça l’empêche de penser.

Pierre Lemaitre – Trois jours et une vie – 2016 (Albin Michel)

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Le mystère Henri Pick – David Foenkinos

22 vendredi Avr 2016

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, David Foenkinos, Gallimard, idées de lecture, Le mystère Henri Pick, lecture, Livre, quoi lire, roman

Les premières phrases

David Foenkinos - Le mystère Henri Pick«  En 1971, l’écrivain américain Richard Brautigan a publié L’Avortement. Il s’agit d’une intrigue amoureuse assez particulière entre un bibliothécaire et une jeune femme au corps spectaculaire. Un corps dont elle est victime en quelque sorte, comme s’il existait une malédiction de la beauté. Vida, tel est le prénom de l’héroïne, raconte qu’un homme s’est tué au volant à cause d’elle ; subjugué par cette passante inouïe, le conducteur a tout simplement oublié la route. Après le crash, la jeune femme s’est précipitée vers la voiture. Le conducteur en sang, agonisant, a juste eu le temps de lui dire avant de mourir : « Ce que vous êtes belle, mademoiselle. »

A vrai dire, l’histoire de Vida nous intéresse moins que celle du bibliothécaire. Car il s’agit là de la particularité de ce roman. Le héros est employé dans une bibliothèque qui accepte tous les livres refusés par les éditeurs.  »

Circonstances de lecture

Attirée par le thème du livre.

Impressions

C’est bien simple : j’ai dévoré le dernier roman de David Foenkinos. Dès le départ, j’ai été happée par l’intrigue. Un bibliothécaire a l’idée d’accepter les manuscrits refusés par les éditeurs. Ils finissent sous la poussière, rangés au fond de la bibliothèque. Jusqu’au jour où une jeune éditrice en vacances tombe sur un  de ces manuscrits et découvre un chef d’œuvre. Son auteur a pourtant un profil atypique : c’était un pizzaiolo qui, selon sa veuve, n’avait jamais lu un seul livre… Aussitôt publié, le roman connaît un immense succès. Mais voilà, qui était Henri Pick ? Est-il vraiment l’auteur de ce livre ? David Foenkinos ne donne la réponse que dans les toutes dernières pages, comme dans une enquête policière. Un très bon roman.

Un passage parmi d’autres

 Pick avait ainsi été sur toutes les lèvres, symbolisant le rêve d’être un jour reconnu pour son talent. Comment croire ceux qui disent écrire pour eux ? Les mots ont toujours une destination, aspirent à un autre regard. Écrire pour soi serait comme faire sa valise pour ne pas partir. Si le roman de Pick plaisait, c’était surtout l’histoire de sa vie qui touchait les gens. Elle faisait écho à ce fantasme d’être un autre, le super-héros dont personne ne sait les capacités extraordinaires, cet homme si discret dont le secret est de posséder une sensibilité littéraire imperceptible. Et moins on en savait sur lui, plus il fascinait. Sa biographie ne laissait rien paraître d’autre qu’une vie banale, linéaire. Cela renforçait l’admiration, pour ne pas dire le mythe. De plus en plus de lecteurs voulurent aller sur ses traces, et se recueillir sur sa tombe. Le cimetière de Crozon accueillait ses admirateurs les plus fervents. Madeleine les croisait parfois. Ne comprenant pas leur démarche, elle n’hésitait pas à leur demander de partir et de laisser son mari tranquille. Était-elle du genre à penser qu’on pouvait réveiller un mort ? En tout cas, il était possible de troubler ses secrets.

David Foenkinos – Le mystère Henri Pick – 2016 (Gallimard)

 

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En attendant Bojangles – Olivier Bourdeaut

14 jeudi Avr 2016

Posted by Aurélie in Romans français

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Olivier Bourdeaut - En attendant BojanglesLes premières phrases

«  Mon père m’avait dit qu’avant ma naissance, son métier c’était de chasser les mouches avec un harpon. Il m’avait montré le harpon et une mouche écrasée.

– J’ai arrêté car c’était très difficile et très mal payé, m’avait-il affirmé en rangeant son ancien matériel de travail dans un coffret laqué. Maintenant j’ouvre des garages, il faut beaucoup travailler mais c’est très bien payé.

A la rentrée des classes, lorsqu’aux premières heures on fait les présentations, j’avais parlé, non sans fierté, de ses métiers mais je m’étais fait gentiment gourmander et copieusement moquer.

– La vérité est mal payée, pour une fois qu’elle était drôle comme un mensonge, avais-je déploré.  »

Circonstances de lecture

Intriguée par le succès de ce livre.

Impressions

Je vais me répéter et vous allez penser que je n’ai que d’ÉNORMES coups de cœur en ce moment… mais c’est vrai : ce livre est juste merveilleux ! Et il mérite amplement tous les prix qu’il a récoltés.

Mettez-vous dans la peau d’un petit garçon, fruit de l’union de deux amoureux fous. Sa mère refuse de voir la réalité et préfère transformer le quotidien en une douce folie, fait de fêtes à répétition toujours plus grandioses, de danses endiablées sur l’air de Mr Bojangles de Nina Simone. Le père suit sa femme dans toutes ses idées folles. Pour un petit garçon, la vie avec eux n’est faite que d’aventures merveilleuses et de mensonges plus vrais que nature destinés à faire de leur vie une valse pleine de bonheur. Mais voilà, quand la folie douce se transforme en folie dure, la réalité refait cruellement surface…

Une lecture dont vous ne ressortirez pas indemne. A ne surtout pas rater !

Un passage parmi d’autres

 Elle s’énervait souvent, mais jamais longtemps, la voix de mon père était pour elle un bon calmant. Le reste du temps, elle s’extasiait sur tout, trouvait follement divertissant l’avancement du monde et l’accompagnait en sautillant gaiement. Elle ne me traitait ni en adulte, ni en enfant mais plutôt comme un personnage de roman. Un roman qu’elle aimait beaucoup et tendrement et dans lequel elle se plongeait à tout instant. Elle ne voulait entendre parler ni de tracas, ni de tristesse.

– Quand la réalité est banale et triste, inventez-moi une belle histoire, vous mentez si bien, ce serait dommage de nous en priver.

Alors je lui racontais ma journée imaginaire et elle tapait frénétiquement dans ses mains en gloussant :

– Quelle journée mon enfant adoré, quelle journée, je suis bien contente pour vous, vous avez dû bien vous amuser !

Puis elle me couvrait de baisers. Elle me picorait disait-elle, j’aimais beaucoup me faire picorer par elle. Chaque matin, après avoir reçu son prénom quotidien, elle me confiait un de ses gants en velours fraîchement parfumé pour que toute la journée sa main puisse me guider.

Olivier Bourdeaut – En attendant Bojangles – 2015 (Finitude)

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Le Livre de Perle – Timothée de Fombelle

04 lundi Avr 2016

Posted by Aurélie in Fantasy, Jeunesse, Romans français

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Les premières phrases

Tiomthée de Fombelle - Le livre de Perle«  Qui pouvait deviner qu’elle avait été une fée ? 

Elle s’était échappée par la fenêtre de la tour en déchirant ses vêtements pour en faire une corde. Est-ce que les fées descendent ainsi les remparts ? Elle ne portait maintenant qu’une longue chemise blanche qu’elle avait volée plus tard, sur un fil à linge tendu sous la lune. Elle courait sur le sable dans la nuit. La veille, elle avait renoncé à tous ses pouvoirs. Elle ressemblait maintenant à toutes les filles. Un peu plus perdue, un peu plus fiévreuse, un peu plus belle que toutes les filles de son âge.

La plage était large et blanche. Au-dessus d’elle le noir des forêts, en-dessous les rouleaux de mer, la mousse éclatante, et partout le bruit de cette mer, la tiédeur de la nuit plus lumineuse que le jour.

Elle courait sur le sable mouillé. Ses pieds ne s’enfonçaient pas mais élargissaient atour d’elle, à chaque bond, un cercle d’eau et de petits crabes. Elle était au bord de l’épuisement. Elle ne savait pas l’heure qu’il était, elle savait juste qu’à minuit tout serait fini.

Il serait mort.  »

Circonstances de lecture

Attirée par le titre.

Impressions

« Le Livre de Perle » est un envoûtement. Classé dans la catégorie Jeunesse, il plaira aussi aux adultes comme moi, qui ont su converser leur âme d’enfant. Timothée de Fombelle a une belle plume qui nous transporte du pays des contes de fées à notre monde réel, celui de la seconde guerre mondiale. Une lecture féérique, belle et cruelle à la fois. Une superbe histoire d’amour. Un conte à lire et relire pour sa poésie et les messages qu’il renferme.

Un passage parmi d’autres

 – Alors il faut que tu partes pour la laisser derrière toi.

– Laisser qui ?

Je venais enfin de remarquer son accent et la forme si particulière de ses phrases. Il a voulu dire un mot qui est resté dans sa gorge.

Il l’articula une seconde fois :

– La tristesse.

J’avais compris le mot avant qu’il le répète.

– C’est quelque chose qui peut remplir la vie. Et tourner dans toi jusqu’à ta mort.

J’écoutais.

– Mais si on peut laisser la tristesse dans l’herbe derrière soi, il faut le faire. On la tient couchée dans l’herbe. On lui explique doucement qu’on veut autre chose, que ce n’est pas contre elle, mais qu’on s’en va.

J’imaginais un petit animal tapi dans la prairie. Et des pas qui s’éloignaient en écrasant les herbes.

– Et vous ? Vous en faites quoi ?

Il s’est approché en souriant. Il baissait les yeux.

– De qui ?

– De la tristesse.

– Moi, je ne suis pas un exemple.

– Moi non plus, répliquai-je.

– Mais toi…

Il interrompit sa phrase et dit :

– Moi, il n’y a que ma tristesse qui pourra me faire rentrer chez moi.

– Chez vous ?

Il a alors prononcé ces paroles que je crois encore entendre vingt-six ans plus tard :

– Il faut que je garde ma tristesse vivante.

Les chiens se sont approchés pour lui faire leur fête des moments sombres.

– Où est-ce, chez vous ?

Timothée de Fombelle – Le Livre de Perle – 2014 (Gallimard Jeunesse)

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La Part des flammes – Gaëlle Nohant

18 lundi Jan 2016

Posted by Aurélie in Romans français

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Gaëlle Nohant - La Part des flammesLes premières phrases

«  La marquise de Fontenilles n’en finissait pas de la faire attendre dans cette antichambre aux allures de bonbonnière. Érodée par l’impatience et la nervosité, l’assurance de Violaine de Raezal s’effritait. Elle espérait tant de cette entrevue ! La marquise était un des sphinx de dentelles vêtus qui gardaient les portes du Bazar de la Charité. Sans son accord, la comtesse de Raezal avait peu de chances d’y obtenir une place de vendeuse. Elle était consciente que le mystère auréolant son passé ne plaidait pas en sa faveur et que le nom de son mari avait perdu de sa puissance depuis que Gabriel n’était plus là pour veiller sur elle. Désormais, lorsqu’on recevait la comtesse de Raezal, les arrière-pensées affleuraient à la surface de la plus exquise politesse. Treize ans durant, Gabriel de Raezal avait dispersé ces arrière-pensées de son regard perçant. Mais voilà qu’elles ressurgissaient, enhardies par sa disparition.

Elle fit quelques pas jusqu’à la fenêtre, jetant un regard rêveur sur le boulevard Saint-Germain – dont le tumulte faiblissait comme par correction avant d’atteindre les fenêtres de l’hôtel de Fontenilles -, et questionna son obstination à vouloir participer à la plus mondaine des ventes de charité de Paris.  »

Circonstances de lecture

Recommandé vivement par mon libraire.

Impressions

Dans « La Part des flammes », Gaëlle Nohant nous fait vivre le destin de trois femmes réunies au Bazar de la Charité, cet événement mondain où ces dames de la haute société se donnaient bonne conscience en réunissant des fonds durant quelques jours pour les pauvres. Trois femmes qui ont toutes une faille à cacher, dans un monde où les apparences et la réputation font tout.

Sophie d’Alençon prend sous son aile Violaine de Raezal, veuve au passé trouble, et Constance d’Estingel, jeune fille venant de rompre ses fiançailles. Mais voilà qu’un incendie se propage au Bazar de la Charité, et que tout vole en éclat… Les scènes décrivant l’incendie montrent alors toute l’horreur du carnage… Âmes trop sensibles s’abstenir !

Un livre qui se lit d’une traite, tant le suspens est présent. On se prend vite d’affection pour ces trois femmes brisant les conventions.

Un passage parmi d’autres

 Tout lire lui avait donné le vertige et une faim grandissante du monde. Elle y avait perdu le peu de déférence qu’on lui avait inculquée. Les livres lui avaient enseigné l’irrévérence et leurs auteurs, à aiguiser son regard sur ses semblables ; à percevoir, au-delà des apparences, le subtil mouvement des êtres, ce qui s’échappait d’eux à leur insu et découvrait des petits morceaux d’âme à ceux qui savaient les voir. Mais la lecture avait aussi précipité sa chute. Quand elle entendait dire que les romans étaient de dangereux objets entre les mains d’une jeune fille, elle ne protestait plus. Puissants et dangereux, oui, car ils vous versaient dans la tête une liberté de penser qui vous décalait, vous poussait hors du cadre. On en sortait sans s’en rendre compte, on avait un pied dansant à l’extérieur et la cervelle enivrée, et quand on recouvrait ses esprits, il était trop tard. La terre était pleine de créatures saturées d’elles-mêmes qui prenaient plaisir à vous foudroyer pour les fautes qu’elles s’interdisaient, les libertés qu’elles prenaient dans l’ombre, les extases qui venaient mourir près d’elles sans qu’elles se soient permis d’y goûter. Châtier était le tonique qui ranimait leur cœur exsangue.

Gaëlle Nohant – La Part des flammes – 2015 (Éditions Héloïse d’Ormesson)

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