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Love In Books

~ Parce qu'il n'y a rien de mieux qu'un livre pour s'évader…

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Archives de Catégorie: Romans français

Le Livre des Baltimore – Joël Dicker

25 dimanche Oct 2015

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, Editions de Fallois, idées de lecture, Joël Dicker, Le Livre des Baltimore, lecture, Livre, quoi lire, rentrée littéraire, roman

Joël Dicker - Le Livre des BaltimoreLes premières phrases

«  Demain, mon cousin Woody entrera en prison. Il y passera les cinq prochaines années de sa vie.

Sur la route qui me mène de l’aéroport de Baltimore à Oak Park, le quartier de son enfance où je vais le rejoindre pour sa dernière journée de liberté, je l’imagine déjà se présentant devant les grilles de l’imposant pénitencier de Cheshire, dans le Connecticut.

Nous passons la journée avec lui, devant la maison de mon oncle Saul, là où nous avons été si heureux. Il y a là Hillel et Alexandra, et ensemble nous reformons, l’espace de quelques heures, le quatuor merveilleux que nous avons été. A ce moment-là, je n’ai aucune idée de l’incidence que va avoir cette journée sur nos vies. »

Circonstances de lecture

J’avais dévoré La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert. Je n’ai donc pas hésité à acheter le dernier roman de Joël Dicker.

Impressions

Après avoir adoré le précédent roman de Joël Dicker, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, je me suis préparée à être déçue par Le Livre des Baltimore. Et, forcément, comme je m’y attendais, je n’ai pas été aussi emballée par Le Livre des Baltimore. J’ai trouvé l’histoire pas vraiment originale et Joël Dicker n’est parvenu à me faire entrer complètement dans son histoire qu’à la moitié du livre. Il n’empêche que j’ai aimé Le Livre des Baltimore. Déjà, parce que Joël Dicker a une vraie plume, il sait décrire ses personnages et nous les rendre attachants. Ensuite, parce qu’il signe des phrases à garder en mémoire, précieusement, et à méditer… pour s’en inspirer.

Au final, j’ai été émue par cette belle histoire de famille et d’amitié, où, sous l’apparence du vernis impeccable d’une famille riche et parfaite, l’adolescent – puis l’adulte – découvre petit à petit les failles de personnes qu’il a idéalisées.

Un passage parmi d’autres

 Écrire un livre, c’est comme ouvrir une colonie de vacances. Votre vie, d’ordinaire solitaire et tranquille, est soudain chahutée par une multitude de personnages qui arrivent un jour sans crier gare et viennent chambouler votre existence. Ils arrivent un matin, à bord d’un grand bus dont ils descendent bruyamment, tout excités qu’ils sont du rôle qu’ils ont obtenu. Et vous devez faire avec, vous devez vous en occuper, vous devez les nourrir, vous devez les loger. Vous êtes responsable de tout. Parce que vous, vous êtes l’écrivain.

Joël Dicker – Le Livre des Baltimore – 2015 (Éditions de Fallois)

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Avec tes yeux – Sire Cedric

24 samedi Oct 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Avec tes yeux, Critique de livre, idées de lecture, lecture, Livre, Presses de la Cité, quoi lire, rentrée littéraire, roman, Sire Cedric

Sire Cedric - Avec tes yeuxLes premières phrases

«  Verts.

Ils sont verts.

Mêlés de vagues bleues.

Tels deux lagons. Ronds. Frémissants.

Ses yeux sont de cette couleur-là.

Brillants de terreur.

Mouillés par les larmes qui coulent à flots sur son visage couvert d’hématomes.

Il a voulu cette femme dès l’instant où il l’a croisée.

Il n’a cessé d’y penser depuis. Comptant les heures. Se préparant.

Quand il a découvert sa maison, isolée des autres, en bordure de forêt, il a compris que c’était un signe du destin.

Il fallait qu’il le fasse.

Encore une fois.

Pour cette femme-là. Ces yeux-là. Ce vert profond mêlé de bleu.

– Lisa, susurre-t-il à la silhouette ensanglantée, recroquevillée à ses pieds. Tu t’appelles Lisa, n’est-ce pas ? Inutile de crier. Personne ne t’entend. Tu ne peux pas empêcher ce qui va arriver… »

Circonstances de lecture

Auteur rencontré lors d’une soirée de présentation aux libraires.

Impressions

Attention, nuits blanches assurées avec ce thriller de Sire Cedric ! Ma première lecture de cet auteur, et certainement pas la dernière. J’ai dévoré « Avec tes yeux », me rongeant les ongles au passage… Une fois que l’on a ouvert ce livre, il est bien difficile de le refermer.

L’idée de départ peut paraître classique : un serial killer tue des jeunes femmes… Mais croyez-moi on ne s’ennuie pas et on se laisse surprendre par les péripéties de l’histoire. Mêlant intrigue policière à une dose de surnaturel – notre héros assiste aux meurtres à travers les yeux du serial killer -, Sire Cedric sait happer son lecteur. Un livre à ranger dans ma bibliothèque du côté de mes Stephen King. Si vous êtes trop sensibles, passez votre chemin… Des scènes sanglantes pourraient vous heurter. Pour les autres, foncez !

Un passage parmi d’autres

 Quelque chose s’est produit. Quelque chose d’imprévu.

Quelque chose qu’il n’aime pas.

Le phénomène n’a duré qu’un bref instant. Il a été traversé par une intuition. Un souvenir.

Son cœur s’est mis à battre un peu plus fort.

Un léger vertige l’a pris.

Comme lorsqu’on se trouve dans un ascenseur qui s’arrête à un étage.

C’est une sensation très précise. Il croyait l’avoir oubliée. Pénétrante. Insistante.

La sensation d’un regard posé sur lui.

Quelqu’un qui SAIT.

Qui devine ce qu’il est vraiment, sous son masque de civilité.

Qui pourrait comprendre tout ce qu’il a fait.

Son secret si bien gardé… Ses traces si bien camouflées….

– Serait-ce possible ? murmure-t-il pour lui-même.

Il contemple ses mains, les extrémités rugueuses de ses doigts. Il les joint et attend ainsi. Dans un calme profond.

Cherchant à analyser ce qu’il ressent en cet instant.
Mais il ne ressent rien. Rien du tout.

Un grand vide.

Comme d’habitude.

Une absence d’émotion.

Sire Cedric – Avec tes yeux – 2015 (Presses de la Cité)

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D’après une histoire vraie – Delphine de Vigan

29 mardi Sep 2015

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, D'après une histoire vraie, Delphine de Vigan, idées de lecture, JC Lattès, lecture, Livre, quoi lire, rentrée littéraire, roman

Delphine de Vigan - D'après une histoire vraieLes premières phrases

«  Quelques mois après la parution de mon dernier roman, j’ai cessé d’écrire. Pendant presque trois années, je n’ai pas écrit une ligne. Les expressions figées doivent parfois s’entendre au pied de la lettre : je n’ai pas écrit une lettre administrative, pas un carton de remerciement, pas une carte postale de vacances, pas une liste de courses. Rien qui demande un quelconque effort de rédaction, qui obéisse à quelque préoccupation de forme. Pas une ligne, pas un mot. La vue d’un bloc, d’un carnet, d’une fiche bristol me donnait mal au cœur.

Peu à peu, le geste lui-même est devenu occasionnel, hésitant, ne s’exécutait plus sans appréhension. Le simple fait de tenir un stylo m’est apparu de plus en plus difficile.

Plus tard, j’ai été prise de panique dès que j’ouvrais un document Word.

Je cherchais la bonne position, l’orientation optimale de l’écran, j’étirais mes jambes sous la table. Et puis je restais là, immobile, des heures durant, les yeux rivés sur l’écran.

Plus tard encore, mes mains se sont mises à trembler dès que je les approchais du clavier.

J’ai refusé sans distinction toutes les propositions qui m’ont été adressées : articles, nouvelles de l’été, préfaces et autres participations à des ouvrages collectifs. Le simple mot écrire dans une lettre ou un message suffisait à me nouer l’estomac.

Écrire, je ne pouvais plus.

Écrire, c’était non. »

Circonstances de lecture

Depuis No et Moi, je suis une lectrice inconditionnelle de Delphine de Vigan. J’ai donc acheté ce roman sans même savoir de quoi il parlait.

Impressions

Après l’énorme succès de son précédent roman Rien ne s’oppose à la nuit où Delphine de Vigan nous parlait de sa mère, voilà que l’écrivain se retrouve avec le syndrome de la page blanche. Pire, même, elle ne peut plus tenir un stylo ni écrire une liste de courses, encore moins dédicacer un livre à ses lecteurs assidus ! C’est dans cet état que Delphine rencontre L., une femme dont on ne connaîtra jamais le prénom ni le nom de famille. L. s’immisce dans la vie de Delphine, devient son amie, lui donne des conseils d’écriture, L. la prend sous son emprise, pour le meilleur… comme pour le pire. Mais qui est L.? Delphine de Vigan l’a-t-elle vraiment rencontrée – dans la vraie vie – ou est-ce une pure invention de son imagination ? Bref, D’après une histoire vraie est-il un livre de fiction ou raconte-t-il la réalité ? Et puis, un livre doit-il rester au plus près du réel, retranscrire la vérité, la vraie vie, ou au contraire raconter des histoires, transformer le réel, fuir la réalité ?

Tout au long du roman, on se pose cette question : les événements racontés sont-ils vraiment arrivés à Delphine de Vigan ? En distillant plein de détails véridiques sur sa vie personnelle (elle se met en scène, parle de son compagnon, François B., de ses enfants…), Delphine de Vigan bluffe le lecteur et le maintient ainsi dans le doute pour mieux l’embarquer dans son histoire (dans sa vie ?). J’ai particulièrement adoré la dernière partie du livre, dans la veine de « Misery » de Stephen King ! D’après une histoire vraie devient alors un véritable page turner. A lire !

Un passage parmi d’autres

 Un matin, alors que je m’apprêtais à quitter mon appartement, j’ai entendu la voix de Gilles Deleuze à la radio. Je reproduis ici les phrases que j’ai notées de mémoire, quelques secondes après la diffusion de cette courte archive sonore :

« Si tu ne saisis pas le petit grain de la folie chez quelqu’un, tu ne peux pas l’aimer. Si tu ne saisis pas son point de démence, tu passes à côté. Le point de démence de quelqu’un, c’est la source de son charme. »

J’ai aussitôt pensé à L.

J’ai pensé que L. avait perçu mon point de démence, et réciproquement.

Peut-être était-ce d’ailleurs cela, une rencontre, qu’elle soit amoureuse ou amicale, deux démences qui se reconnaissent et se captivent.

Delphine de Vigan – D’après une histoire vraie – 2015 (JC Lattès)

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Les temps sauvages – Ian Manook

19 dimanche Avr 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Albin Michel, Critique de livre, Ian Manook, Les temps sauvages, Policiers / Thrillers, roman, Thriller, Yeruldelgger

Ian Manook - Les temps sauvagesLes premières phrases

«  Engoncée dans sa parka polaire, l’inspecteur Oyun essayait de comprendre l’empilement des choses. Elle s’était accroupie dans la neige qui crissait et s’était penchée pour mieux voir. Le froid lui tailladait les pupilles et l’air glacé lui griffait les sinus à chaque inspiration. C’était comme respirer des brisures de verre. Autour d’elle un autre terrible dzüüd vitrifiait la steppe immaculée. Pour la troisième année consécutive, le malheur blanc frappait le pays. De trop longs hivers polaires qui suivaient de trop courts étés caniculaires. Des blizzards de plusieurs jours à ne plus voir sa yourte, à se perdre pour mourir gelé debout à un mètre près. Puis des ciels bleus comme des laques percés d’un petit soleil blanc au-dessus d’un pays figé dans la glace. Oyun n’avait pas souvenir de tels dzüüd dans son enfance. Le premier dont elle se souvenait était celui de 2001. Un hiver si rude et si long que sept millions de bêtes étaient mortes à travers le pays. Elle gardait en mémoire l’image de ces milliers de nomades encore fiers et solides quelques mois plus tôt, venus s’échouer pour mendier et mourir en silence, transis, dans les égouts d’Oulan-Bator. Les hommes avaient perdu tous leurs chevaux, les femmes tous les yacks et toutes les chèvres, et les enfants tous les agneaux et jusqu’à leurs petits chiots. Cet hiver-là avait tué en Mongolie plus d’âmes que les avions des tours de Manhattan. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « Yeruldelgger », premier volet de Ian Manook.

Impressions

Si vous avez aimé « Yeruldelgger », vous aimerez ce deuxième livre de Ian Manook. On y retrouve avec plaisir Yeruldelgger, ce flic rongé par un passé douloureux et par le désir de vengeance, mais aussi Solongo, Oyun et Gantulga. Sans oublier l’esprit des steppes, les moines Shaolin, et cette même confrontation entre Oulan-Bator, ville moderne ultra-polluée, et les contrées sauvages des steppes à perte de vue, où les nomades tentent de conserver leurs traditions et leur honneur.

Tout commence par la découverte de cadavres étranges… Puis par la mort d’une personne proche de Yeruldelgger. L’ombre de son beau-père, Erdenbat, n’est évidemment pas loin… L’enquête mènera Yeruldelgger et son équipe de la Mongolie à la France pour découvrir la vérité.

J’ai aimé ce livre, à l’exception des pages où l’histoire se déroule en France… Là, on s’y perd un peu et on est bien loin de ce qui fait le vrai charme de ce roman policier : le fait qu’il se passe dans les steppes enneigées d’Asie. Car Ian Manook décrit comme personne la rudesse et la beauté du paysage mongole. On ressent le froid mordant du vent, la douce chaleur du poêle sous la yourte, le goût du thé brûlant sur la langue, la puissance et la sagesse des loups. Vivement la suite!

Un passage parmi d’autres

 Il est le seul survivant de la tribu des Huns décimée par l’armée de l’empire Khan. Il a échappé à la mort enseveli sous tant de morts que leur poids l’a enfoncé dans la terre. Jusqu’à tomber dans les galeries obscures de la tanière des grands loups où la louve impérieuse l’a adopté. C’est d’elle qu’il a appris le hurlement de la meute et qu’il a fait de cette plainte un langage chanté devenu le chant long des Mongols. Le lien invisible qui le retient à la vie lumineuse, loin, très loin au-dessus des entrailles noires de la terre.

Il est le descendant de Borte-Tchino, le Loup Bleu, et il a grandi sur le dos d’un cheval. Il hurle depuis quatre ans dans les montagnes un chant céleste que sa mère louve a appris du vent et qui fait pleurer ses frères de meute. Il est l’homme enfoncé dans la terre par les guerriers morts et que le chant long tire depuis des éternités pour le remonter à la lumière. Pour retrouver le monde des hommes. Une princesse. Pour lui dire qui il est et enlever pour elle sa peau de loup et redevenir un homme. L’esprit soudain ensoleillé par la mélopée, il surgit enfin, déchire sa fourrure animale, et glisse ses épaules nues et tout son corps hors de sa dépouille de loup, jaillissant des entrailles de la terre pour s’éblouir de lumière.

Ian Manook –  Les temps sauvages – 2015 (Albin Michel)

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La vie des elfes – Muriel Barbery

01 mercredi Avr 2015

Posted by Aurélie in Fantasy, Romans français

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Critique de livre, Fantasy, Gallimard, La vie des elfes, Muriel Barbery, roman

Muriel Barbery - La vie des elfesLes premières phrases

«  La petite passait l’essentiel de ses heures de loisir dans les branches. Quand on ne savait pas où la trouver, on allait aux arbres, d’abord au grand hêtre qui dominait l’appentis nord et où elle aimait à rêver en observant le mouvement dans la ferme, ensuite au vieux tilleul du jardin de curé après le petit muret de pierres fraîches, et enfin, et c’était le plus souvent en hiver, aux chênes de la combe ouest du champ attenant, un ressac du terrain planté de trois spécimens comme on n’en avait pas de plus beaux au pays. La petite nichait dans les arbres tout le temps qu’elle pouvait dérober à une vie de village faite d’étude, de repas et de messes, et il arrivait qu’elle y invitât certains camarades qui s’émerveillaient des esplanades légères qu’elle y avait aménagées et passaient là de fiers jours à causer et à rire. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « L’élégance du hérisson », son précédent roman. Et parce que j’aime les histoires d’elfes et de fées.

Impressions

Que les lecteurs qui s’attendent à retrouver la même ambiance et la même plume que « L’élégance du hérisson » se détrompent tout de suite : avec « La vie des elfes« , Muriel Barbery s’essaie à un tout autre style. Ici, son écriture est à la fois poétique et lyrique. C’est beau mais exigeant. Cela se prête en tout cas parfaitement à son histoire, à la frontière du monde réel et fantastique. Que ceux qui n’adhèrent pas à la Fantasy passent également leur chemin. Car, comme le nom du roman l’indique d’emblée, « La vie des elfes » raconte l’histoire de deux petites filles – Clara et Maria – dotées de dons exceptionnelles, et capables de relier le monde des humains au monde mystérieux des elfes. Muriel Barbery parle ici de l’éternel combat du bien contre le mal, mais aussi de magie et de créatures fantastiques. Elle rend également un bel hommage à ces paysans, amoureux de la terre et durs au labeur, pour qui les mots sont souvent moins importants que les regards et les gestes d’affection.

Au final, si « La vie des elfes » surprend par son style, il donne une jolie dimension à la Fantasy. Une lecture déroutante, peut-être, exigeante, sans doute… Mais si vous vous laissez porter par l’écriture poétique et lyrique, si vous aimez les histoires fantastiques, vous aimerez ce roman. Certes, il faut s’accrocher par moment (l’écriture est vraiment particulière, propre peut-être aux elfes) mais l’histoire est belle. Je lirai donc la suite.

Un passage parmi d’autres

 Mais que voit-on au-dedans de la vie ? On voit des arbres, du bois, de la neige, un pont peut-être, et des paysages qui passent sans que l’œil ne puisse les retenir. On voit le labeur et la brise, les saisons et les peines, et chacun voit un tableau qui n’appartient qu’à son cœur, une courroie de cuir dans une boîte en fer-blanc, un coin de champ où il y a des aubépines par légions, le visage ridé d’une femme aimée et le sourire de la petite qui conte une histoire de rainettes. Puis on ne voit plus rien. Les hommes se souviendront que le monde a brusquement retombé sur ses pieds dans une déflagration qui les a laissés tout ballants – après quoi ils ont vu que la clairière était lavée de brumes, qu’il y neigeait à se noyer et que la petite se tenait seule au centre du cercle où il n’y avait d’autres traces que les siennes. Alors tout le monde est redescendu jusqu’à la ferme où on a installé l’enfant devant un bol de lait brûlant et où les hommes ont débarrassé leurs fusils à la hâte parce qu’il y avait là une fricassée de bolets avec un pâté de museau et dix bouteilles de vin de garde.

Voilà l’histoire de la petite fille qui tenait bien serrée une patte de sanglier géante. Au vrai, personne ne saurait tout à fait en expliquer le sens.

Muriel Barbery –  La vie des elfes – 2015 (Gallimard)

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Temps glaciaires – Fred Vargas

29 dimanche Mar 2015

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Critique de livre, Flammarion, Fred Vargas, Polar, roman, Temps glaciaires

Fred Vargas - Temps glaciairesLes premières phrases

«  Plus que vingt mètres, vingt petits mètres à parcourir avant d’atteindre la boîte aux lettres, c’était plus difficile que prévu. C’est ridicule, se dit-elle, il n’existe pas de petits mètres ou de grands mètres. Il y a des mètres et voilà tout. Il est curieux qu’aux portes de la mort, et depuis cette place éminente, on persiste à songer à de futiles âneries, alors qu’on suppose qu’on énoncera quelque formule d’importance, qui s’inscrira au fer rouge dans les annales de la sagesse de l’humanité. Formule qui sera colportée ensuite, de-ci de-là: « Savez-vous quelles furent les dernières paroles d’Alice Gauthier ? »

Si elle n’avait rien à déclarer de mémorable, elle avait néanmoins un message décisif à porter, qui s’inscrirait dans les annales ignobles de l’humanité, infiniment plus vastes que celles de la sagesse. Elle regarda la lettre qui tremblait dans sa main.

Allons, seize petits mètres. Depuis la porte de son immeuble, Noémie la surveillait, prête à intervenir au premier vacillement. Noémie avait tout tenté pour empêcher sa patiente de s’aventurer seule dans la rue, mais le très impérieux caractère d’Alice Gauthier l’avait vaincue.

– Pour que vous lisiez l’adresse postale par-dessus mon épaule ?

Noémie avait été offensée, ce n’était pas son genre.

– C’est le genre de tout le monde, Noémie. Un de mes amis – un vieux truand par ailleurs -, me disait toujours : « Si tu veux garder un secret, eh bien garde-le. » Moi j’en ai gardé un longtemps, mais il m’embarrasserait pour grimper au ciel. Encore que, même ainsi, mon ciel n’est pas gagné. Débarrassez-moi le plancher, Noémie, et laissez-moi aller. »

Circonstances de lecture

Parce que j’avais beaucoup aimé « Pars vite et reviens tard » de Fred Vargas.

Impressions

Un bon polar comme je les aime. Intelligent, bien écrit, avec des dialogues plein d’humour, des personnages attachants, et un meurtrier dont on n’apprend l’identité qu’à la toute fin du livre. Le dernier Fred Vargas ne m’a pas déçu. On y retrouve avec plaisir le commissaire Adamsberg et son équipe. Tout commence à Paris avec des suicides suspects, un mystérieux signe tracé sur les scènes de crime, puis on embarque pour l’Islande et une île terrifiant les locaux, avant de plonger en pleine Révolution Française pour côtoyer Robespierre, Danton et d’innombrables guillotinés. Mélangez tout ça et vous obtenez un très bon Fred Vargas !

Un passage parmi d’autres

 – Eh bien, je me suis un peu amusé avec ce costume. Je me suis regardé dans la glace. Et à cet instant, en même temps, quelque chose n’allait pas. Donc ça avait dû se passer avant, dans Le Creux. Pas quand je marchais dans le gratteron. Non, après. Céleste dans sa vieille cabane avec son sanglier ? Pelletier qui puait le cheval ? Je ne sais pas. Ou quand j’ai dessiné sur le pare-brise ?

Dessiné quoi ? Lucio s’en foutait.

– S’est passé combien d’heures entre le gratteron et le pare-brise ?

– Environ huit heures.

– Ben c’est pas trop long, tu devrais trouver. Creuse. C’est une pensée que t’as pensée et t’as pas fini de penser. Faut pas perdre ses pensées comme ça, hombre. Faut faire attention où on range ses affaires. Ton adjoint, le commandant, ça le gratte aussi ? Et l’autre, avec les cheveux roux ?

– Non. Ni l’un ni l’autre.

– C’est que c’est bien une pensée à toi. C’est dommage, quand t’y réfléchis, que les pensées n’aient pas de nom. On les appellerait, et elles viendraient se coucher à nos pieds ventre à terre.

– Je crois qu’on a dix mille pensées par jour. Ou des milliards sans s’en rendre compte.

– Oui, dit Lucio en ouvrant sa seconde bière. Ce serait le bazar.

Adamsberg traversa la cuisine, croisant son fils qui travaillait sur de futurs bijoux, muni de pain et de fromage.

– Tu montes déjà ?

– Je dois aller chercher des pensées que j’ai pensées et que j’ai oublié de penser.

– Je vois, dit Zerk avec la plus parfaite sincérité.

Allongé sur son lit, Adamsberg gardait les yeux ouverts dans l’obscurité. La bière de Lucio lui disloquait un peu la nuque. Il s’obligea à rouvrir les yeux. « Creuse », il a dit. Cherche. Réfléchis. Sois capable.

Et il s’endormit, sans penser.

Fred Vargas –  Temps glaciaires – 2015 (Flammarion)

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Le cœur du pélican – Cécile Coulon

21 samedi Fév 2015

Posted by Aurélie in Romans français

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Cécile Coulon, Critique de livre, Le coeur du pélican, roman, Viviane Hamy

Cécile Coulon - Le coeur du pélicanLes premières phrases

« Une chose est sûre, il ne suffit pas de savoir que quelqu’un ne reviendra pas pour cesser de l’attendre. Le reste n’a pas d’importance. Tout ce qui avait de l’importance n’a plus d’importance. C’est l’histoire d’un père, d’un mari, d’un frère. Ce père abandonne ses enfants, ce mari perd sa femme, sa soeur, son foyer, cet ami éloigne un par un ses amis. Il fait tout pour qu’on ne puisse pas le retenir. On ne peut pas convaincre quelqu’un qu’on ne voit plus. On ne peut pas convaincre quelqu’un qui ne vous écoute plus, qui ne vous a sans doute jamais écoutée.

Les tragédies familiales semblent toujours insignifiantes quand elles se jouent sur une autre scène que la vôtre. D’ailleurs, qu’est-ce que ça peut vous faire, ce chagrin ? Avec vos enfants, vos parents, vos cousins, vos oncles et vos tantes, persuadés que ça n’arrivera pas, puisque votre petit clan, votre minuscule tribu, avec ses membres du même sang, du même nom, se porte à merveille. Pourquoi ça vous arriverait ? Pourquoi ça m’est arrivé ? Ma bande était aussi parfaite, aussi tenace que la vôtre, sauf que personne n’a eu la gentillesse de me prévenir. Personne n’est venu me dire : fais attention, vingt ans à construire une famille, dix secondes pour qu’elle explose. »

Impressions

J’avais dévoré « Le Rire du grand blessé ». J’ai tout autant dévoré « Le cœur du Pélican », dernier roman de Cécile Coulon. L’auteur sait attraper son lecteur et le laisser, haletant, au bout de quelque 200 pages, comme s’il avait lui aussi couru derrière Anthime.

Anthime, ce héros qu’on déteste durant les premières pages. Il a abandonné sa femme, ses enfants. On l’apprend au tout début du roman. Joanna, sa femme, nous le fait détester d’emblée. Et puis arrive le témoignage d’Hélèna, la sœur d’Anthime qui nous glisse, comme en pleine confidence, « J’imagine qu’avant de venir me voir Joanna vous a parlé ; d’avance, sans un œil sur ses propos, je peux vous assurer qu’ils sont faux ». Anthime, on apprend petit à petit à le comprendre, à aimer l’enfant qu’il était, à sentir sa colère rentrée, à souffrir avec lui quand son rêve de devenir un athlète de haut niveau se brise soudain. 20 ans plus tard, après s’être contenté d’une vie de Français moyen, saura-t-il rattraper ses rêves ?

Si vous aimez courir, repousser vos limites, si vous aimez ces histoires d’hommes brisés comme sait si bien les décrire Olivier Adam, plongez-vous dans « Le cœur du pélican ».

Un passage parmi d’autres

 Lorsque j’ai lu les premiers articles sur son périple, j’ai pensé je ne suis pas la seule à m’être trompée. Même la présence d’Héléna, des fans, des journalistes ne pouvait l’empêcher d’aller au-delà des limites qu’un demi-dieu n’aurait su franchir. En partant labourer de ses pieds fragiles des kilomètres de terre battue, Anthime replongeait dans le passé, tel un enfant qui se tient, le corps humide, au bord d’une piscine et qu’une main vengeresse  vient pousser brusquement dans l’eau glacée. Anthime s’est arraché le cœur, le Pélican s’est arraché le cœur. Et pas seulement pour moi. Je vous l’ai dit, mais vous n’écoutez pas : le monde ne sera jamais assez vaste pour accueillir des hommes comme lui. Le monde ne comprendra jamais que les grands hommes ne sont pas ceux qui gagnent, mais ceux qui n’abandonnent pas quand ils ont perdu.

Cécile Coulon – Le cœur du pélican – 2015 (Éditions Viviane Hamy)

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L’amour et les forêts – Eric Reinhardt

03 vendredi Oct 2014

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, Eric Reinhardt, Gallimard, L'amour et les forêts, roman

Eric Reinhardt - L'amour et les forêtsLes premières phrases

«  J’ai eu envie de connaître Bénédicte Ombredanne en découvrant sa première lettre : c’était une lettre dont la ferveur se nuançait de traits d’humour, ces deux pages m’ont ému et fait sourire, elles étaient aussi très bien écrites, c’est un alliage suffisamment rare pour qu’il m’ait immédiatement accroché.

D’abord un peu précautionneuse, cette lettre était, à mesure qu’elle progressait, de plus en plus féroce et mécontente. De l’ironie, une réjouissante indiscipline, des clameurs de cour de récréation résonnaient dans ses phrases – leur graphie inclinée vers l’avenir suggérait bien l’audace consciente d’elle-même avec laquelle cette inconnue s’était précipitée vers moi par la pensée, comme si sa lettre avait été écrite d’une traite sans être relue avant de disparaître irrémédiablement dans la fente d’une boîte postale, hop, ça y est, trop tard, au terme d’une course irréfléchie, fougueuse, qui sans doute avait démarré à la seconde où la jeune femme avait posé la plume de son stylo sur le papier, déterminée, en se refusant la possibilité de tout retour en arrière. »

Circonstances de lecture

J’avais lu et entendu beaucoup de bien de ce livre.

Impressions

Je ne savais pas à quoi m’attendre en commençant « L’amour et les forêts ». Je connaissais juste le point de départ : une lectrice écrit à un écrivain pour lui dire tout le bien qu’elle pense de son dernier roman. Et, de fil en aiguille, elle se confie petit à petit sur sa vie. Je m’attendais à un livre léger, sur les bienfaits de la lecture, et ce lien qui unit secrètement lecteurs et écrivains. Pourtant, ce livre – s’il parle aussi de cela – est surtout un témoignage dur et cruel sur une femme harcelée par son mari, une femme qui un jour – un seul – se révolte…

A lire si vous avez le moral et le cœur bien accroché. Cette histoire fait sourire, rire (au début), puis secoue, choque, énerve… Heureusement, Eric Reinhardt nous délivre de superbes passages, de très belles phrases. A l’instar de celle-ci:  « Accepter sa propre bizarrerie pour en faire sa joie, n’est-ce pas ce qu’on devrait tous faire dans nos vies ? ». A méditer.

Un passage parmi d’autres

 J’ai retrouvé cette intensité du sentiment d’exister déjà perçue dans son premier envoi. Non parce que ma lectrice y témoignait d’un insolent bonheur : c’était en creux, par défaut, en suggérant qu’elle était confrontée à des vides, à des obstacles, à des entraves, qu’elle exprimait l’intensité de sa présence au monde – un jour, à force de le vouloir, elle parviendrait à être heureuse, semblait-elle vouloir dire. Elle ne donnait aucune indication sur la nature des contrariétés rencontrées, j’ignorais si ce qui l’empêchait d’être heureuse prospérait en elle-même ou dans son entourage (qu’il soit professionnel ou familial), mais en revanche sa volonté d’y résister, de les combattre, peut-être un jour d’en triompher circulait dans les profondeurs de sa lettre avec incandescence. Ce qui accentuait cette intuition que Bénédicte Ombredanne n’allait pas très bien, c’était aussi l’importance qu’elle accordait aux livres qu’elle adorait, une importance que je sentais démesurée : comparable à un naufragé qui dérive en haute mer accroché à une bouée, elle les voyait comme détourner leur route et s’orienter lentement vers sa personne de toute la hauteur de leur coque, c’était bien eux qui allaient vers elle et non l’inverse, comme s’ils avaient été écrits pour l’extraire des eaux sépulcrales où elle s’était résignée à attendre une mort lente. En cela je dois admettre que les lecteurs de cette catégorie n’ont pas une attitude ni des attentes fort différentes des miennes : moi aussi j’attends des livres que j’entreprends d’écrire qu’ils me secourent, qu’ils m’embarquent dans leur chaloupe, qu’ils me conduisent vers le rivage d’un ailleurs idéal. Elle me voyait comme un capitaine au long cours qui l’aurait distinguée dans les flots depuis le pont de son navire – et qui serait venu la sauver.

Eric Reinhardt – L’amour et les forêts – 2014 (Gallimard)

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Nymphéas Noirs – Michel Bussi

27 samedi Sep 2014

Posted by Aurélie in Policiers / Thrillers, Romans français

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Critique de livre, Michel Bussi, Nymphéas noirs, Pocket, Presses de la Cité, roman

Michel Bussi - Nymphéas NoirsLes premières phrases

«  Trois femmes vivaient dans un village.

La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste.

Leur village portait un joli nom de jardin. Giverny.

La première habitait dans un grand moulin au bord d’un ruisseau, sur le chemin du Roy ; la deuxième occupait un appartement mansardé au-dessus de l’école, rue Blanche-Hoschedé-Monet ; la troisième vivait chez sa mère, une petite maison dont la peinture aux murs se décollait, rue du Château-d’Eau.

Elles n’avaient pas non plus le même âge. Pas du tout. La première avait plus de quatre-vingts ans et était veuve. Ou presque. La deuxième avait trente-six ans et n’avait jamais trompé son mari. Pour l’instant. La troisième avait onze ans bientôt et tous les garçons de son école voulaient d’elle pour amoureuse. La première s’habillait toujours de noir, la deuxième se maquillait pour son amant, la troisième tressait ses cheveux pour qu’ils volent au vent.

Vous avez compris. Toutes les trois étaient assez différentes. Elles possédaient pourtant un point commun, un secret, en quelque sorte : toutes les trois rêvaient de partir. Oui, de quitter Giverny, ce si fameux village dont le seul nom donne envie à une foule de gens de traverser le monde entier juste pour s’y promener quelques heures. 

Vous savez bien pourquoi. A cause des peintres impressionnistes.

La première, la plus vieille, possédait un joli tableau, la deuxième s’intéressait beaucoup aux artistes, la troisième, la plus jeune, savait bien peindre. Très bien, même.

C’est étrange, vouloir quitter Giverny. Vous ne trouvez pas ? Toutes les trois pensaient que le village était une prison, un grand et beau jardin, mais grillagé. Comme le parc d’un asile. Un trompe-l’œil. Un tableau dont il serait impossible de déborder du cadre. En réalité, la troisième, la plus jeune, cherchait un père. Ailleurs. La deuxième cherchait l’amour. La première, la plus vieille, savait des choses sur les deux autres. « 

Circonstances de lecture

Une jolie découverte. Roman choisi sur les conseils d’une lectrice de ce blog, et parce que l’histoire se déroule à Giverny.

Impressions

Cela faisait longtemps qu’un policier ne m’avait pas surprise à ce point. Si souvent je suis déçue par la chute des romans policiers, ici c’est loin d’être le cas. Le suspens dure jusqu’aux dernières pages, et la fin se dévoile de bien jolie manière, comme si un magicien nous laissait soudain voir l’envers du décor et tous les rouages de son tour ! Une belle surprise.

Dans « Nymphéas noirs », Michel Bussi nous transporte à Giverny, au cœur du village où Claude Monet passa une grande partie de sa vie à peindre ses célèbres Nymphéas. Si vous avez déjà visité ce village, vous serez heureux d’y retrouver les lieux que vous connaissez, du célèbre jardin, à la maison du peintre en passant par le Moulin des Chennevières. C’est un policier, mais pas seulement… C’est aussi une belle promenade sur les pas du peintre impressionniste.

Un passage parmi d’autres

 L’eau claire de la rivière se colore de rose, par petits filets, comme l’éphémère teinte pastel d’un jet d’eau dans lequel on rince un pinceau.

– Non, Neptune !

Au fil du courant, la couleur se dilue, s’accroche au vert des herbes folles qui pendent des berges, à l’ocre des racines des peupliers, des saules. Un subtil dégradé délavé…

J’aime assez.

Sauf que le rouge ne vient pas d’une palette qu’un peintre aurait nettoyée dans la rivière, mais du crâne défoncé de Jérôme Morval. Salement défoncé, même. Le sang s’échappe d’une profonde entaille dans le haut de son crâne, nette, bien propre, lavée par le ru de l’Epte dans lequel sa tête est plongée.

Mon berger allemand s’approche, renifle. Je crie à nouveau, plus fermement cette fois :

– Non, Neptune ! Recule !

Je me doute qu’ils ne vont pas tarder à trouver le cadavre. Même s’il n’est que 6 heures du matin, un promeneur va sans doute passer, ou bien un peintre, un type qui fait son jogging, un ramasseur d’escargots… un passant, qui va tomber sur ce corps.

Michel Bussi – Nymphéas noirs – 2010 (Pocket)

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Peine perdue – Olivier Adam

11 jeudi Sep 2014

Posted by Aurélie in Romans français

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Critique de livre, Flammarion, Olivier Adam, Peine perdue, roman

Olivier Adam - Peine perdueLes premières phrases

«  Il sent son cœur battre dans sa tête. Ça et son souffle, ça prend toute la place. Les voitures sur le bitume humide, les moteurs les pneus, tout s’agrège en bouillie sourde à l’arrière plan. Les lumières comme des traînées orange et rouges, les palmiers les guirlandes, les néons les lampadaires, les cafés les boutiques, ça passe. Des masses plus ou moins claires, imprécises. L’hôtel où bosse Marion, ménage des chambres et petits déjeuners, son enseigne façon Los Angeles Hotel California, le mal de chien que ça lui fait de l’imaginer coucher avec l’autre connard à chemisette de VRP, le garage où il puait l’huile de moteur il y a encore un an, avant que le patron le vire parce qu’il se défonçait pendant les pauses, la clinique où le petit est né et la morsure de ne plus le voir tous les jours, ça passe. Il accélère et ça passe. La douleur dans les jambes et les poumons, les muscles qui éclatent et le souffle qui manque, l’impression d’être au bord et de tomber dans les pommes, ça fait tout passer.

Antoine vire à droite et au bout de la rue la mer est lisse : une plaque d’aluminium bordée de grains quasi marron. Entre les nuages le soleil tombe en rideau comme si le ciel avait quelque chose à nous dire. « 

Circonstances de lecture

Parce que c’est Olivier Adam…

Impressions

Encore un très bon livre d’Olivier Adam. Dans Peine perdue, il nous plonge dans la vie d’une station balnéaire de la Côte d’Azur. Chaque chapitre donne la parole à l’une des 22 personnes touchées, de près ou de loin, par l’agression d’Antoine et une tempête brutale. Une jeune fille mutique, un couple de retraités, des mafieux locaux, une équipe de foot, une assistante sociale… Un roman sombre, comme toujours, mais qui décrit avec justesse les petits et grands malheurs de la vie.

Un passage parmi d’autres

 Ils se relèvent et vont poursuivre leur promenade. Bien sûr c’est absurde. Le vent forcit et jamais ils ne pourront rebrousser chemin. La pluie commence à tomber et les transperce instantanément. La mer vient déjà lécher le ciment et s’aventure jusqu’à leurs pieds, alors qu’ils se tiennent prudemment en retrait, longent les grillages des villas côtières. Elle le regarde et dans ses yeux passe une question. Est-il certain de vouloir encore avancer ? De lui tenir la main et de marcher dans la pluie et la mer démontée vers la presqu’île inatteignable ? De progresser sur le chemin qui s’étrécit, jusqu’à disparaître sous la mer électrique ? De s’enfoncer dans cette nuit de plein jour, ce ciel anthracite qui a déjà tout avalé, ce rideau de pluie compacte qui les lacère désormais ? Il hoche la tête doucement. Elle lui sourit. Vers où marchent-ils ? Dans quelle nuit s’enfoncent-ils ? Quel déluge va les emporter, les dissoudre ? Les effacer. Les engloutir. Quel vent les pousse vers quel néant ?

Olivier Adam – Peine perdue – août 2014 (Flammarion)

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